
C’est la conclusion qui saute aux yeux après avoir assisté à la conférence que Johanne Gélinas (photo… qui ne lui rend pas justice à mon avis, je ne l’aurais même pas reconnue) a présenté à l’Université Laval le 15 janvier. Mme Gélinas est commissaire à l’environnement et au développement durable. Elle présentait lors de ce midi conférence organisé par l’Ihqeds un résumé de son rapport 2006.
En gros, elle fait le même travail que la vérificatrice générale, appliqué à l’environnement. Elle vérifie le travail du fédéral en regard de ses engagements dans ce domaine. Elle dépose son rapport au parlement et le gouvernement doit y répondre. De son propre avoeu, “[Son] seul pouvoir est de pouvoir embarasser le gouvernement”. Son rapport porte sur la performance du Canada dans son objectif de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Pour résumé son propos, il est totalement irréaliste de penser qu’on puisse atteindre nos objectifs de Kyoto. Voici quelques raisons de ce triste état de fait:
- Très peu de systèmes sont en place pour mesurer les dépenses et les résultats des mesures du gouvernement en matière de réduction des GES.
- 78% des émissions proviennent du secteur automobile et des industries alors qu’aucun plan sérieux ne s’y adresse.
- Aucun information sur les résultats de l’entente volontaire entre le gouvernement et l’industrie automobile n’est disponible aux Canadiens.
- Le système d’échange de crédits de GES est la pierre angulaire du programme du gouvernement pour les grandes industries. Or, ce programme est en retard et extrêment compliqué (il ne pourra même pas s’harmoniser avec le système européen).
- Les décideurs sont très mal informés de la réalité des changements climatiques.
- Plusieurs programmes du gouvernement (e.g. Énerguide), quoique peu significatifs par rapport aux secteurs mentionnés précédemment, ont été annulés.
Le problème des GES touche plusieurs ministères. Le ministre de l’environnement est responsable du plan mais n’a aucun pouvoir sur les autres. Selon Mme Gélinas, c’est un problème généralisé au gouvernement. Tout ce qui touche à plusieurs ministères, ce qu’ils qualifient de problématique horizontales dans le jargon des fonctionnaires, avance à pas de tortue. Pour que ce genre de projet progresse, ça prend un fort leadership en haut de la pyramide organisationnelle. Donc lorsque les environnementalistes ont affirmés que le récent changement de ministre de l’environnement au fédéral n’était que cosmétique, ils avaient probablement raisons.
Dans le même ordre d’idées, un problème majeur de l’approche du gouvernement face au GES est que les enjeux énergétiques ne sont pas intégrés aux politiques de développement durable. Ainsi, le peu d’amélioration qu’on pourrait aller chercher avec les quelques programmes restants sera vraissemblablement annulé par les effets de l’extraction des sables bitumineux… Finalement, peut-être que le gouvernement sait vraiment où il s’en va avec ça… Dans ce cas on pourrait suggérer à Stephen quelques lectures qui lui parleront plus, lui qui est économiste de formation.
À mon avis, un autre problème du combat contre le réchauffement de la planète au Canada, c’est qu’ici, il fait frette. Vous vous rappelez des pluis acides? Ça ça faisait peur, de l’acide! Le réchauffement ? Bof, se promener en t-shirt quelques semaines de plus par année… Je propose donc qu’on trouve un nouveau nom plus évocateur pour aggraver l’image du réchauffement de la planète et le rapprocher du quotidien des gens. Le réchauffement de la planète a besoin d’un nouveau branding, voilà. Avis aux publicitaires intéressés, c’est peut-être vous qui avez la clé pour régler le plus important défi actuel de l’humanité.





Justement:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2007/01/17/003-Sable-Bitumineux-Can.shtml
Il semblerait que madame Gélinas était trop efficace et trop convaincue de sa cause. Elle s’est fait mettre à la porte aujourd’hui:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2007/01/31/003-gelinas-ottawa.shtml
Sera-t-elle une future recrue d’un parti politique rouge ou vert?
[...] Mais est-ce suffisant, ou plutôt, est-ce la bonne stratégie? C’est que, comme le mentionnent M. Suzuki et l’ancienne commissaire à l’environnement, les principaux responsables des problèmes environnementaux n’étaient pas dans la salle: 50% des émissions de gaz à effet de serre sont émis par l’industrie. M. Suzuki aurait-il donc plus d’impact à faire une tournée des chambres de commerce? Il pourrait leur expliquer ce qu’il nous a transmis avec conviction, que contrairement à ce que de nombreux dirigeants croient, on n’a pas les moyens de ne PAS combattre les problèmes environnementaux? Il a rappelé les chiffres du rapport de l’économiste Sir Nicholas Stern que j’ai cité à quelques reprises dans des articles précédents. Ce rapport explique qu’il est rentable pour les compagnies de s’adresser aux problèmes environnementaux, et que leur survie même en dépendra éventuellement. [...]
[...] Hier soir, je devais me rendre à un débat à l’Université Laval opposant des représentants des cinq partis principaux candidats à l’élection du 26 mars prochain. Le débat, s’intitulant “Quel développement durable pour le Québec? Ce que proposent les partis politiques”, devait être animé par Johanne Gélinas, la présidente de l’IHQEDS et ancienne commissaire à l’environnement. En fin de semaine, ma déception était grande lorsque j’ai appris par courriel que l’évènement était annulé à cause du désistement de deux des partis. Lesquels? L’organisatrice m’a confirmé que les deux déserteurs sont le PLQ et l’ADQ. [...]