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David Suzuki de passage à Québec

Qu’est-ce que David Suzuki ferait s’il était premier ministre? Beaucoup pour l’environnement, c’est certain. Qu’est-ce que vous feriez si vous l’étiez? C’est ce que David Suzuki veut savoir en allant à la rencontre d’une cinquantaine de communautés à travers le pays dans le cadre de sa tournée “Si vous étiez premier ministre“.

Il était de passage à l’Université Laval hier soir en collaboration avec Équiterre pour sensibiliser une foule déjà convertie à sa cause. En fait, c’est la première fois que j’assistais à une ovation debout… avant la prestation. Il n’y a que le monsieur bien fringué à ma droite qui ne s’est pas levé. D’ailleurs, il a quitté la salle à la moitié de la présentation. Les coquines blagues sur le parti conservateur étaient fréquentes et faciles. Bien que ces farces soient méritées, si je n’avais qu’une chose à déplorer de ce genre de présentation et que je voulais vraiment faire l’avocat du Harper, c’est que c’est plus un pep talk que de l’éducation. À voir la foule majoritairement composée d’étudiants, je suis pas mal certain que M. Suzuki n’a pas appris tant de choses que ça à son auditoire. Il a plutôt consolider leur position pro-environnement et leur a donné une bonne dose de motivation, ce qui est déjà très bon.

Mais est-ce suffisant, ou plutôt, est-ce la bonne stratégie? C’est que, comme le mentionnent M. Suzuki et l’ancienne commissaire à l’environnement, les principaux responsables des problèmes environnementaux n’étaient pas dans la salle: 50% des émissions de gaz à effet de serre sont émis par l’industrie. M. Suzuki aurait-il donc plus d’impact à faire une tournée des chambres de commerce? Il pourrait leur expliquer ce qu’il nous a transmis avec conviction, que contrairement à ce que de nombreux dirigeants croient, on n’a pas les moyens de ne PAS combattre les problèmes environnementaux? Il a rappelé les chiffres du rapport de l’économiste Nicholas Stern que j’ai cité à quelques reprises dans des articles précédents. Ce rapport explique qu’il est rentable pour les compagnies de s’adresser aux problèmes environnementaux, et que leur survie même en dépendra éventuellement.

Je pose la question sur sa stratégie mais il y a répondu durant la présentation. En 2003, il a publié le livre Good News for a Change, dans lequel il présente plusieurs exemples de gestes concrets que les gens prennent au quotidien et dans leurs entreprises pour aider notre sort. Il en a envoyé une copie à tous les membres de la chambre des communes et aux directeurs généraux des 100 plus importantes compagnies au pays. Le livre était accompagné d’une lettre disant “Je ne veux pas de réponse de politesse à cet envoi. Je veux que vous lisiez ce livre, et que si il vous influence à agir concrètement en faveur de l’environnement, alors répondez-moi pour me le dire.” Il ne nous a pas dit combien de réponse il a eu pour ne pas nous décourager.

C’est peut-être ce qui explique qu’il fasse une tournée de sensibilisation en terre fertile plutôt qu’une d’évangélisation en terrain sauvage. Et M. Suzuki est un communicateur hors paire. Il a apporté son sujet en nous ramenant il y a 150 000 ans dans les plaines pour qu’on s’imagine ce que nos ancêtres avaient l’air sur leurs deux pattes au milieu des tigres à dents de sabre et des mammouths. Comment on a fait pour survivre dans cet environnement si hostile? À cause “de l’organe de 2kg qu’on a dans le crâne” nous rappelle Suzuki, “qui nous a donné l’avantage immense de pouvoir considérer l’avenir”. Pour la première fois, une bibitte pouvait anticiper et faire des choix complexes en fonction des ses nombreux souvenirs. Il nous demandait donc comment on a tourné le dos à cette capacité de prévoyance alors que c’est grâce à elle qu’on a pu maitriser les éléments?

Les scientifiques s’entendent à dire qu’à 90% de certitude, nous sommes la cause du réchauffement de la planète et que ce réchauffement perturbe un équilibre fragile qui peut mener à notre perte. 90%! M. Suzuki s’exclame qu’on se paie les yeux fermés des assurances vie, des assurances auto, maison, une défense nationale… en prévision de quoi? De pleins d’évènements beaucoup moins probables que 90%. Comment on en est arrivé là? La réponse se trouve dans la grande sagesse du sport professionnel. Je propose à M. Suzuki qu’il regarde les games à CBC le samedi vers la fin de la saison pour se rendre compte que les joueurs patinent pas mal plus qu’en début de saison, et qu’ils patinent encore plus en 3e quand le pointage est nul. Les humains, nous nous activons quand ça chauffe. Et ça commence à chauffer suffisamment pour que la population se mobilise et que les politiciens verdissent leurs programmes afin de gagner leurs élections.

Et la photo de l’autobus pleine de calcium? C’est la seule photo que j’ai pu prendre car on n’avait pas le droit aux appareils photo dans la salle. C’était quand même paradoxal de voir le véhicule arrêté avec le moteur allumé de 18h00 (quand je suis allé acheter mon billet) à 19h30(quand je suis entré dans la salle) et jusqu’à 20h40 (quand je suis sorti de la salle). Mais il doit y avoir une bonne raison à ça parce que je suis certain que le gars sur l’autobus est conséquent avec ce qu’il dit. Comme quoi malgré tout ça, on peut encore avoir des -20 Celcius durant le Carnaval à Québec.

Prenez le Défi Nature de David Suzuki.

4 commentaires sur “David Suzuki de passage à Québec”

  1. Samuel Bouchard dit :

    L’article du journal universitaire sur la conférence:
    http://www.aufil.ulaval.ca/articles/temps-des-beaux-discours-est-termine-348.html

  2. [...] Après près de 3 semaines sous l’échine de la charge de travail, voilà que ma plume refait surface. D’abord, je me permets de rappeler aux lecteurs au sujet de l’article publié le 8 février 2006 par le Lablogatoire sur la conférence du Dr. David Suzuki de passage à l’université Laval le 5 février dernier. J’encourage tous ceux qui n’ont pas déjà visité le site de la fondation David Suzuki à le faire. On y trouve une foule d’information étonnante, souvent alarmante, mais aussi encourageante sur tout ce qui a trait à la santé de notre mère nature, notre environnement et les défis dont fait face la planète actuellement. Je vous invite aussi à étudier ce qu’on entend par prendre le Défi Nature. [...]

  3. Samuel Bouchard dit :

    L’article du journal des étudiants, l’Impact Campus:
    http://www.impactcampus.qc.ca/science/20070213/002706.html

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