Des robots constructeurs


(Image: ContourCrafting.org)

Prenez une imprimante à jet d’encre. Maintenant au lieu de déposer de l’encre sur du papier, vous déposez un filament de plastique avec une certaine épaisseur. Si vous repassez plusieurs fois, un objet en 3D sera érigé. Vous avez alors un machine à prototypage rapide telle que celles offertes par Stratasys, et dont dispose le Laboratoire de robotique de l’Université Laval où j’étudie. Maintenant poussez l’idée un peu plus loin. Remplacez le plastique par du béton et agrandissez le système par un facteur 100 ou 1000. Vous avez un robot comme celui sur l’image capable de construire des immeubles par lui-même, couche par couche.

C’est ce qu’ambitionne de faire d’ici peu deux équipes indépendantes, une américaine (consultez leur site pour voir des animations) et l’autre anglaise. Comme on l’apprend dans cet article du Times Online, la première développe un système d’un million et demi de dollars US capable d’ériger la structure d’une maison unifamiliale en 24h et ce, d’ici un an. Les Anglais ne seront prêts que dans quatre ou cinq ans et leur système construira une maison en environ une semaine. Cependant, leur approche permettra de construire directement par exemple la tuyauterie pour l’eau et la climatisation ou encore les réseaux électriques et de communication.

Les deux approches, très similaires, proposent les mêmes avantages: construction de formes irrégulières, rapidité de construction, automatique, faible coût, faible impact environnemental. Ils affirment même que ça pourrait être une avenue intéressante pour bâtir nos colonies sur Mars ou la Lune. Mais bon, avant d’aller sur la Lune, j’imagine qu’ils feront comme les astronautes et qu’ils iront tester leurs affaires dans le coin de Sudbury. En fait, la question que je me pose, c’est comment ce type de construction peut être adapté à des climats rigoureux comme le nôtre. Il faudra renouer avec l’approche soviétique (et celle des premiers colons québécois) de construction: oublier les matériaux isolants, et faire des murs très épais?

J’avais pris connaissance de ce concept l’automne dernier à un congrès de l’ASME. Paul Bosscher y présentait ses travaux sur un robot à câbles qui pourrait servir pour déplacer la tête qui dépose le béton (voir sa publication). Sa présentation avait piqué ma curiosité, moi-même travaillant actuellement sur les robots actionnés par câbles. Ses recherches étaient motivées par le fait que le robot cartésien du concept actuel montré sur l’image devient vite impraticable. En effet, pour la construction de gros bâtiments, on doit d’abord ériger le robot. Ça devient alors aussi compliqué de bâtir le robot que de bâtir le bâtiment directement et il n’y a dans ce cas aucun gain. Son idée serait donc de construire seulement une cage englobant l’espace qu’occupera l’immeuble, et de déplacer la tête grâce à l’enroulement de plusieurs câbles qui la relierait à la cage.

À mon avis, cette méthode de construction a encore plusieurs années de développement devant elle pour être répandue. Cependant, si elle rencontre les attentes, elle pourra changer radicalement la façon dont on voit l’architecture. Comme le chercheur à la tête de l’équipe anglaise Dr Rupert Soar, les architectes qui auront cette technologie à leur disposition voyageront peut-être en Namibie pour s’inspirer des constructions des termites, qui sont très en avance sur nous dans ce domaine:


(Photo: Eurobhan sur Flickr)

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