Ce qui nous nourrit nous détruit
[photo: Magazine Rolling Stone]
Angelina Jolie arbore un tatouage écrit en latin sur lequel on peut lire “Quod me nutrit me destruit”: “Ce qui me nourrit me détruit” (photo). Cette phrase, plutôt noire à prime abord, m’a souvent fait réfléchir. Je ne sais pas ce que signifie précisément cette phrase pour madame Pitt, mais je trouve qu’elle s’applique de façon plutôt générale à plusieurs aspects de la vie.
- Évolution
L’évolution nous a doté à une certaine époque de plusieurs mécanismes qui aujourd’hui sont devenus des désavantages. Pour la première fois depuis longtemps, l’espérance de vie des nord-américains sera plus courte que celle de leurs parents. La raison est l’obésité. De pouvoir emmagasiner de l’énergie sous forme de graisse à une époque lointaine a permis à nos ancêtres de survivre et de passer leurs gènes à leurs enfants. Cette caractéristique qui nous a nourrit durant des générations cause à présent notre perte. De la même manière, notre tempérament agressif nous a aidé à nous défendre avec ardeur dans le passé pour survivre. Aujourd’hui, on nie cet aspect de notre nature pour pouvoir fonctionner en société. Quand ça ressort, les résultats sont souvent désastreux. On ne peut aussi s’empêcher de penser à l’industrialisation, qui nous a bien servi un moment, mais qui aujourd’hui menace l’environnement qui nous soutient. - Tourisme et développement urbain
En voyage sur des îles d’Hawaï, j’ai ressenti une certaine tristesse chez les habitants. Sur la grande île par exemple, on a accepté de construire des télescopes sur une montagne sacrée à un moment où l’économie était à plat. Tout le monde avait alors accueilli la nouvelle positivement. De la même manière, la progression du tourisme sur l’archipelle a permis à plusieurs familles d’augmenter leur niveau de vie. Aujourd’hui, ces développement ont complètement dénaturé ce que les touristes eux-mêmes sont venus voir. Ce qui a nourrit les locaux à une certaine époque est aujourd’hui la cause de leur malheur.
Plus près de nous, je suis un vrai partisan de Québec, la ville que j’habite. La raison est la combinaison de la qualité de vie qu’on y trouve, des opportunités professionnelles et de la proximité de la nature. J’y travaille à développer des entreprises avec un sentiment de contribuer à sa croissance. Or, ce qui est positif pour la ville aujourd’hui finira un jour par dégrader sa nature, ce pourquoi on veut la développer. - Croissance personnelle
À mesure qu’on avance dans la vie, on acquiert des aptitudes et des connaissances. Celles-ci nous permettent de se créer un certain confort: on vit plus à l’aise, on a moins besoin d’apprendre, etc. On a travaillé fort pour arriver là, mais une fois à destination, on arrête d’avancer. Ce qui nous a permis de progresser au départ finit par nous empêcher d’aller plus loin, on se crée des “patterns”, on arrête d’apprendre. C’est pour cette raison qu’on doit consciemment se botter le derrière pour essayer de sortir de notre zone de confort et entreprendre de nouvelles aventures sans cesse. - Entreprises
Le but de la majorité des PME est de croître. Or, les entreprises qui deviennent trop grosses perdent de leur efficacité. Tout devient lourd: La direction perd le contact avec les employés et les clients, ce qui entraîne la mise en place de plein de processus administratifs. Les employés déconnectés se sentent moins concernés par la réussite de l’entreprise, ce qui les démotive. Tout coûte plus cher, les décisions sont plus longues à prendre, etc. Ainsi, le but de l’entreprise finit par la rendre moins efficace.
De la même manière, le contexte changeant, ce qui a pu être un avantage pour une entreprise finira par lui nuire éventuellement. Prenons un exemple que je connais plutôt bien, celui de l’immobilier au Canada. Il existe une organisation qui rassemble toutes les maisons à vendre par les agents immobiliers: SIA. Une de leur force jadis a été de contrôler leur information, rendant l’utilisation de leurs catalogues essentielle à tous les agents. À l’ère d’Internet, leur attitude de vouloir contrôler et cacher de l’information a fait que les acheteurs et les agents se sont tournés vers de nouveaux systèmes, ce qui effrite leur position de monopole. Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres. - Culture
Par définition, une mode qui devient trop importante perd de son attrait. C’est ce qui arrive pour les styles musicaux, l’habillement, etc. À mesure que leur popularité augmente, ils perdent de leur attrait.
On dirait donc que naturellement, un système qui devient trop gros tend à s’auto-détruire à long terme. On aimerait être éternel et tout ça semble ainsi négatif. Mais je crois que c’est l’inverse. C’est ce qui permet entre autre à chaque génération de prendre sa place dans le monde. En ce moment, c’est au tour de la mienne de le faire. Un jour, ce sera nous les dinosaures mésadaptés. Donc pour l’instant, profitons de notre statut de petit mammifère et amusons-nous!


August 21st, 2007 à 7:13
excellent article
un autre exemple
il est scientifiquement prouvé que la seule chose qui peut rallonger la durée de vie chez l’homme est l abstinence sexuelle et … le jeune (c est a dire ne pas manger a sa faim a chaque fois). ce qui a vraiment l’air paradoxal dans les deux cas.
pour les PME aussi, c’est un problème. je ne sais pas s’il y a une autre voie, celle où on donne plus de responsabilités a l’emploi (dans le sens ou chaque membre de l’entreprise devient un peu entrepreneur) mais j’y reflechis depuis un an.,
August 21st, 2007 à 9:25
Réflexions enrichissantes Sam !
Tu mets des mots sur des choses que j’ai vécues, que ce soit en voyage (zones touristiques), dans une ancienne job en grande entreprise (convention collective tellement puissante que les boss n’avaient plus vraiment le droit de dire aux employés à l’usine que la job était faite tout croche), un cousin à moi que ses parents ont tellement bien protégé étant enfant que maintenant il a de la misère à se faire respecter… partout, des choses qui attirent leur contraire. Manifestations à grande échelle d’un principe d’inertie ultra-microscopique ?!
En tout cas… je ne saurais mieux dire que: il ne faut jamais trop réussir quelque chose.
August 21st, 2007 à 9:48
La solution plus ou moins temporaire à ce problème ne serait pas justement de limiter cette “croissance”? Savoir s’arreter là où nous devons arreter et ensuite se retirer pour laisser la place à d’autres est une chose complexe.
Cela me rappelle grandement le 9e chapitre du Tao Te King de Lao Tseu:
Il vaut mieux ne pas remplir un vase que de vouloir le maintenir (lorsqu’il est plein).
Si l’on aiguise une lame, bien qu’on l’explore avec la main, on ne pourra la conserver constamment (tranchante).
Si une salle est remplie d’or et de pierres précieuses, personne ne pourra les garder.
Si l’on est comblé d’honneurs et qu’on s’enorgueillisse, on s’attirera des malheurs.
Lorsqu’on a fait de grandes choses et obtenu de la réputation, il faut se retirer à l’écart.
Telle est la voie du ciel.
August 21st, 2007 à 16:11
@heri, tu as les références des études dont tu parles (l’abstinence et le jeune)? Ça ferait un très bon sujet… Concernant les PME, je réfléchis aussi à cette question. Dans un contexte high-tech de rareté de la main d’oeuvre et de l’importance capitale pour le succès de l’entreprise, je me demande si le modèle de coopérative ne pourrait pas bien fonctionner.
@Sylvain, content de voir que ça te rejoins… et les exemples ne semblent pas manquer. C’est en effet plutôt intriguant de voir le schéma se répéter un peu partout.
@Bernard, très beau texte que tu cites. Pour voir un exemple d’entrepreneur qui contrôle la croissance de son entreprise, je t’invite à lire sur l’histoire de Yvon Chouinard (regarde le vidéo suggéré dans les commentaires). Mais on n’est pas encore rendu là pour waka.ca!
August 22nd, 2007 à 15:02
Il faut apprendre à repérer les fenêtres d’opportunité.
Quiconque a le don de percevoir les changements dans nos vies a une longueur d’avance pour commercialiser des produits et des services qui répondent le mieux aux besoins du moment.
Très bon article ; )
August 26th, 2007 à 21:17
C’est certain que le timing jour pour beaucoup dans le succès d’un produit ou d’une entreprise.
August 28th, 2007 à 17:12
Il y a des paroles trop souvent étouffées, non entendues, mais pourtant fondamentales. Un “grand homme” invitait les hommes à l’esprit de partage et de sacrifice pour sauver la planète et les hommes (lire la suite dans cet article : http:http://filipe-deoliveira.blogspot.com/2007/08/jean-paul-ii-promoteur-de-lcologie.html). A méditer…