Archive pour août 2007

Faire sortir les robots du laboratoire

Lundi 13 août 2007

root looking for an exit
[photo robot: Mathieu Goulet]

Il semble parfois exister un fossé entre le monde de la recherche universitaire et celui des affaires. Les priorités et les motivations de chacun sont différentes. Alors qu’en général le chercheur désire pousser ses travaux pour avancer un champ de connaissance, l’entrepreneur veut développer une entreprise rentable. Cependant, dans les deux cas, on doit user d’imagination pour résoudre des problèmes. Certes, la nature des problèmes diffère. Dans un contexte où l’innovation devient vitale à une entreprise et où le financement de la recherche n’est jamais certain, je pense que les deux mondes ont certainement avantages à se parler. Comment transférer les innovations de la recherche universitaire en entreprise?

Ça fait un moment qu’on se pose cette question. Dans notre cas, elle s’énonce plus précisément “Comment faire sortir les robots du Laboratoire de robotique de l’Université Laval?” Il y a tellement de travaux intéressants qui s’y font, il y a assurément un potentiel commercial qui dort là-dessous. Mais quelle application choisir? Comment la faire passer du mode prototype au mode produit ou service? À mon avis, le transfert de savoir ou de technologie peut être favorisé de différentes façons:

  1. Se parler
    Si simple à dire, si peu appliqué. Il faut que les entrepreneurs et les chercheurs se parlent pour éventuellement espérer travailler ensemble. À la base, il faut comprendre les préoccupations de l’autre avant de pouvoir collaborer. Le chercheur intéressé se rendra compte qu’il doit produire des robots sécuritaires, fiables, à un prix intéressant pour les bénéfices qu’ils apportent. Tel que mentionné en introduction, le problème est justement que la notion de bénéfice diffère dans les deux mondes. L’entrepreneur doit définir ses problèmes clairement et expliquer le contexte au chercheur pour voir s’il y a un arrimage possible.
  2. Se rencontrer
    Bien beau tout ça, mais avant de se parler, il faut déjà se rencontrer! Chacun évolue dans des communautés différentes. Je vois bien peu d’entrepreneurs dans des conférences scientifiques, et bien peu de scientifiques dans des réunions d’affaires. Chacun a son réseau professionnel, ses magazines spécialisés, etc. Pour cette raison, des entrepreneurs et des chercheurs de la même région qui s’intéressent au même domaine peuvent travailler en parallèle sans jamais se rencontrer. Si la volonté de travailler avec l’autre est là, il faut favoriser les rencontres. Si vous êtes un entrepreneur, savez-vous s’il y a des chercheurs dans votre communauté qui travaillent dans des domaines qui vous intéressent? Lisez-vous les nouvelles de l’université locale sur leur site Internet ou ailleurs? Avez-vous déjà participé à des journées porte-ouvertes dans les facultés qui vous touchent? L’équivalent s’applique aux chercheurs qui sont intéressés à travailler avec le privé. La plupart des gens ne tomberont pas sur votre labo par hasard. Renseignez-vous sur les entreprises de votre région en haute technologie, visitez des foires commerciales…
  3. Profiter des programmes en place
    Les gouvernements sont conscients que le maillage universitaire-enterprise peut donner des résultats intéressants. Pour cette raison, ils ont créé plusieurs programmes avantageux et souvent méconnus pour inciter les entreprises et les chercheurs à collaborer. Ces programmes permettent de faire sous-traiter certains aspects de R&D à des chercheurs universitaires à des conditions avantageuses. Contactez les responsables du transfert technologique dans les universités ou des conseillers privés spécialisés sur la question.
  4. Transférer le savoir par les gens
    Sans nécessairement faire affaire avec des laboratoires universitaires, vous pouvez avoir accès à leur expertise en engageant des diplômés ayant complété des études graduées. Ceux-ci ont un connaissance pointue et à jour sur un domaine particulier. De plus, ils maitriseront en général des outils puissants qui ne sont pas nécessairement répandus en entreprise. Ce n’est pas pour rien que les compagnies de logiciel vendent des versions étudiantes à des prix ridicules comparativement aux prix pour les entreprises.
  5. Spinoffs
    Les étudiants et chercheurs peuvent être intéressés de démarrer une entreprise avec une technologie ou un savoir-faire issu de leur laboratoire universitaire. Alors que l’entrepreneur cherche des solutions à ses problèmes, les universitaires en démarrage cherchent des problèmes à leurs solutions. Pour être dans ce processus depuis plus d’un an avec un autre gradué du labo, faire la jonction dans cette direction n’est pas nécessairement évident. Il est difficile, avec notre bagage scientifique dans un contexte de laboratoire, de trouver des applications à nos technologies qui présentent un bénéfice réel dans un contexte d’affaire. On peut brainstormer tant qu’on veut, il faut à un certain moment confronter nos idées avec des gens d’affaires. Il faut alors trouver des gens intéressés, qui prennent le temps d’essayer de comprendre ce qu’on peut leur apporter. Ce qui est bien, c’est que ce processus est un filtre naturel: c’est justement avec ces gens d’affaires ouverts d’esprit et innovateurs que les chercheurs auront du plaisir à travailler. Vient ensuite la réalité du financement des nouvelles entreprises technologiques, mais ça, c’est un sujet en soi!

Un exemple intéressant
Dans toute cette histoire, on pourrait se dire que les universités et les gouvernements devraient en faire plus pour favoriser les rapprochements. Cependant, certains domaines n’ont pas attendu personne et se sont organisés par eux-mêmes pour que les connexions se fassent. Je pense entre autre à l’aérospatiale au Québec qui s’est créé une structure très légère et drôlement efficace, le CRIAQ. Ce consortium a comme but de favoriser la collaboration entre les universités, les centres de recherche gouvernementaux et les entreprises. Les chercheurs des universités membres du CRIAQ appliquent pour réaliser des recherches soumises par les entreprises. En jouant ainsi les entremetteurs, ils favorisent les points 1 à 3 de la liste précédente. Ils organisent aussi le Forum des étudiants en aérospatiale pour que les étudiants parlent aux entreprises. De la même manière, le fait que des étudiants gradués travaillent sur des projets en collaboration avec des entreprises comble le point 4. Il n’y a que le point 5 que cette organisation ne touche pas directement. L’aérospatiale, ça demande tellement de moyens que je peux comprendre que ce ne soit pas dans leur mission.

[Article inspiré par l'écoute de l'entrevue de Martin Haegele à Talking Robots]

Le son de la nature

Vendredi 10 août 2007

Wild sanctuary Poly9 map

C’est vendredi, détendez-vous en écoutant les sons de la nature disponible sur la nouvelle carte de Wild Sanctuary. Chaque son est positionné et expliqué, incluant de l’information sur le contexte de l’enregistrement (saison, climat, météo, etc.). Le patron de l’entreprise, le bioacousticien Bernie Krause, estime que 40% des sons disponibles dans ses archives de 40 ans sont maintenant disparus avec les habitats ou altérés par le bruit humain.

[via Greg Sadetsky]

Le lieu du Urban Grand Challenge maintenant connu

Jeudi 9 août 2007

Stanford racing team

Et le Urban Grand Challenge aura lieu à… Victoriaville! Non, on annonçait aujourd’hui que ce sera à Victorville, en Californie. Ce concours organisé par le DARPA se tiendra le 3 novembre prochain. 36 équipes universitaires lâcheront leurs véhicules autonomes dans les rues. Ils devront éviter le trafic et arrêter aux lumières rouges, simuler des ravitaillements, etc. L’an dernier, l’équipe de Stanford (photo) avait gagné le Grand Challenge qui avait lieu dans un désert avec leur Touareg modifié. Cette fois, il tenteront de répéter l’exploit dans un environnement urbain représentant un défi de taille avec beaucoup plus d’incertitudes.

Robustesse vs performance

Lundi 6 août 2007

trafic jam
[photo: Noelie Altito sur Flickr]

S’il y a une phrase qui est revenue souvent durant mes cours de contrôle, c’est que la robustesse et la performance vont rarement de pair. Pour augmenter l’un, on doit diminuer l’autre. Par exemple, si on contrôle un bras de robot de façon très performante, il se déplacera rapidement selon la trajectoire qu’on lui demande. Cependant, si les conditions changent et que le modèle du contrôle n’a aucune façon de le savoir, alors il a de bonnes chances de devenir instable. Plus le contrôle du robot sera performant, moins il sera robuste aux variations de son environnement, de la charge qu’il transporte, etc. Quand il fonctionne bien, il fonctionne super bien. Mais dès qu’il y a une modification imprévue, il fonctionne très mal, voire pas du tout. À l’inverse, un contrôle moins performant donnera des performances ordinaires, mais plus constantes même si des perturbations surviennent.

Ce compromis entre performance et robustesse qui se retrouve dans les systèmes physiques contrôlés me fait penser à bien des situations dans la vie de tous les jours.

  • Transport.
    Le trafic routier me préoccupe, comme il préoccupe bien d’autres banlieusards. Les autoroutes sont des systèmes performants pour nous mener du point A au point B… tant que tout va bien. Il ne s’agit que d’un petit accrochage pour que tout bloque très rapidement. Le système fonctionne bien, mais est très sensible aux perturbations. Ce phénomène est généralisé dans les transports. Un vélo de route tout en carbone ira très vite, tant que la route est belle et asphaltée. Un vélo de montagne ira plus lentement sur la route, mais si celle-ci change un peu, il permettra de continuer. De la même manière, les raquettes vont beaucoup lentement qu’une motoneige, mais permettent d’atteindre plus de types de terrains différents.
  • Outils de travail.
    Cet après-midi, je travaille de la maison parce qu’un panne de courant a paralysé l’informatique dans le pavillon où je travaillais. Autant les ordinateurs peuvent être de puissants outils, autant ils peuvent devenir inutiles si un panne électrique ou un virus survient. C’est la même chose pour les outils mécanisés.Quand on conçoit des technologies, on doit avoir cette réalité en tête. Selon l’application, il faut trouver le juste milieu entre une technologie qui fera tout assez bien ou une technologie qui fera peu de trucs différents, mais très bien. C’est un peu la même chose dans la création d’entreprise. On doit choisir un modèle performant pour l’amener à toute vitesse à un certain stade en espérant ne pas rencontrer d’embouteillage. Puis, il est bon de la diversifier un minimum pour la rendre plus robuste au cas où le contexte changerait rapidement.
  • Hotelmovil: les vrais Transformers

    Jeudi 2 août 2007

    Les Transformes sur le vidéo sont moins spectaculaires et moins violents que les Transformers que nous sommes habitués de voir, mais il sont vrais. Au lieu de défoncer des Decepticons, ils nous accueillent dans leurs intérieurs chaleureux. Il s’agit de camions-remorques construits par la firme espagnole Hotelmovil.

    Ces camions à l’allure européenne habituelle, peuvent se déployer en une demi-heure pour recevoir une cinquantaine de personnes. Très pratique pour les hôpitaux mobiles sur des scènes de désastres naturels, pour les équipes de Formule 1, les plateaux de tournage, ou encore pour faire le road trip ultime avec 49 de vos amis dont un qui a son permis pour conduire un poids lourd.

    Et ça me fait aussi penser aux applications possibles des mécanismes déployables conçus au labo de robotique…

    [Merci à Carl Charest pour la suggestion]

    Trois organisations du Vermont inspirantes

    Mercredi 1 août 2007

    J’arrive de quelques jours au Vermont. Je n’allais pas là pour visiter des entreprises, mais je n’ai pu que porter attention et m’inspirer de trois organisations de cette région qui réussissent bien.

    1 - Kingdom Trails

    kingdom trails web

    Ces sentiers de vélo de montagne étaient le but premier de notre visite d’une région du Vermont où nous ne serions sinon jamais allés. C’est un bel exemple de revitalisation économique d’un milieu rural grâce au tourisme de plein-air. Étonnamment, ce succès est l’oeuvre de bénévoles qui travaillent à aménager et maintenir les sentiers sur des terrains pour la grande majorité privés. À faible coût, et avec le soutien de la population locale, ils ont réussi à attirer des milliers de visiteurs dans le petit village de East Burke, permettant à de nombreuses entreprises de prospérer.

    2 - Ben & Jerry’s

    ben and jerry's flavor

    Ben et Jerry ont commencé à faire de la crème glacée dans leur patelin du Vermont parce qu’aucun université ne voulait les accepter et qu’une machine à crème glacée usagée était moins chère qu’une machine à bagel. Toujours soucieux de redonner à la communauté et de faire de la crème glacée succulente, les deux ex-hippies ont eux un succès instantané. La mission de leur entreprise comporte trois volets: produit, économique et social. Ils ont toujours tenté de faire à la fois le meilleur produit possible, développer une compagnie rentable, tout en améliorant la qualité de vie des gens. Concernant ce dernier point, ils sont soucieux de l’environnement, maintiennent la tradition du “Free Cone Day” et permettent à des organismes sans but lucratif de gérer des succursales afin de financer leurs activités. Aujourd’hui possédée par Unilever, Ben & Jerry’s est un succès mondial.

    3 - Burton Snowboards

    Burton HQ

    Cette compagnie et son fondateur ont ni plus ni moins inventé puis défini un nouveau sport d’hiver. Inspiré du surf, il a fallu plusieurs itérations pour arriver aux modèles d’aujourd’hui et au performances qu’elles permettent. Il fallait que Jack Burton ait un sacré front de boeuf pour démarrer une entreprise au Vermont, à construire des équipements que personne ne connaissait. J’imagine le regard sceptique que devaient lui jeter les gens le regardant descendre les pentes tant bien que mal avec ses planches artisanales bien loin de celles que l’on connaît aujourd’hui. Cette persévérance et cette passion l’auront finalement bien servi. Non seulement sa compagnie est un succès commercial retentissant, mais il a fait du snow 113 jours l’année dernière.