Archive pour septembre 2007

Entre génie et folie

Lundi 10 septembre 2007

robt arm
[image tirée du vidéo de TED]

Je sors de Las Vegas et cette ville est complètement improbable. Située au milieu de nulle part, dans un climat affreusement chaud et sec, Las Vegas abrite plusieurs projets qui ont dû sembler initialement complètement fous. La plupart des gros hôtels sont un exemple. Le succès du Cirque du Soleil en est un autre. Après avoir assisté au spectacle KA, j’ai été envahi par un sentiment de “tout est possible!” C’est très inspirant de voir ces idées complètement folles à prime abord se révéler comme de très bon coups quelques années plus tard.

Il faut oser et innover pour avoir un impact important, peu importe son domaine. Je voulais déjà parler de ce sujet quand j’ai reçu un courriel automatisé de TED m’annonçant la mise en ligne d’un vidéo de Dean Kamen présentant le bras prosthétique que son équipe et lui ont construit (photo). Ce travail résulte d’une proposition de l’armée américaine qui désire remplacer les bras perdus de 1600 soldats en Irak. Initialement, Kamen affirmait que ce qu’ils demandaient était simplement impossible. Plusieurs mois plus tard, un prototype montre la faisabilité de cette idée audacieuse. Un article de Engadget du mois de mai présentait un autre extrait vidéo.

À la lecture de l’article à son propos sur wikipedia et d’un autre de Wired datant de 2000, je me rend compte que cet inventeur/entrepreneur incarne la puissance des idées folles. Après avoir laissé tomber l’université, il a inventé plusieurs applications mécaniques qui lui ont donné les moyens de ses ambitions. Parmi celles-ci, notons le Segway, la chaise roulante capable de monter les marches iBot ainsi que plusieurs appareils médicaux. Sa dernière idée “farfelue”? Faire en sorte que les scientifiques deviennent des vedettes et des modèles pour la jeunesse, au même titre que les étoiles du sport professionnel. Pour ce faire, il a lancé FIRST (For Inspiration and Recognition of Science and Technology). Cette organisation met sur pied des concours de robotique où des étudiants du secondaire sont jumelés à des scientifiques de leur localité pour réaliser un robot dans un délai prescrit. Ces différentes équipes se rencontrent ensuite dans une compétition. Kamen ambitionne d’en faire une sorte de télé-réalité. Est-ce que son rêve de rendre les scientifiques des célébrités populaires se réalisera? À voir le profil médiatique de plusieurs geeks comme Bill Gates, les fondateurs de Apple, de Google ou de Digg, on peut s’imaginer que le timing est bon. Ça me rappelle aussi la prédiction de Robert Lepage, un autre personnage qui mène à terme ses idées folles, qui affirmait cet été en entrevue à la télévision que “le prochain siècle sera celui de la science”.

À voir ces exemples, de folie à génie, il y a toujours beaucoup de travail. Ce n’est pas tout d’avoir les idées. Toutes ces personnes qui réalisent leurs visions de grandeur ont une confiance indéfectible en leur projet et une volonté à toute épreuve. Les défis à relever sont grands, comme la somme de travail, comme les retombées. Après tout, si c’était facile, ce serait déjà fait!

Le technologie derrière KA

Mercredi 5 septembre 2007

ka backstage
[La salle de KÀ au MGM Grand, Las Vegas]

La salle de spectacle de KÀ est comme rien d’autre que j’ai pu voir auparavant: Essayez d’imaginer un mélange organique entre Water World, une usine de fabrication automobile, un théâtre et la salle de contrôle de la NASA. Ce spectacle est supposément celui du Cirque du Soleil utilisant le plus de technologie. En fait, les artistes ne composent que 10% des personnes qui y travaillent durant les représentations. C’est au total près de 3000 techniciens qui assurent la préparation, l’amélioration ou la réalisation de la technologie nécessaire à ce spectacle. Certains sont des techniciens de scènes, d’autres des spécialistes en automatisation, des menuisiers, des soudeurs, etc. Le résultat est à couper le souffle… et je n’ai même pas encore vu le spectacle. J’ai eu la chance de visiter l’arrière scène aujourd’hui. Voici un résumé des éléments qui m’ont impressioné.

  • Mécanique de scène
    Plusieurs parties de la scène sont en mouvement durant le spectacle, la plupart très massives. Il y a entre autre une grosse partie de la scène qui peut avancer comme un tiroir et une autre qui peut être déplacée de haut en bas et se faire incliner jusqu’à 90 degrés. Le mouvement de cette portion est si important que les cylindres pouvant accueillir les verins hydrauliques dépassent 30 pieds au-dessus du toit de l’immeuble, déjà très haut. Cette partie mobile est tellement massive qu’elle est supportée par une structure indépendante de l’immeuble afin d’éviter qu’elle ne l’entraîne si un tremblement de terre survenait. Ils utilisent un mécanisme à câble similaire à celui que j’étudie pour déplacer un mobile qui est animé par cinq marionnettistes. Même la ventilation est sur mesure. Quand ils démarrent le spectacle, ils prennent le contrôle de la ventilation. À la fin, ils la poussent à fond pour expulser la fumée de leur générateur d’étincelles. À ce moment, il semblerait que les rideaux à l’autre bout du MGM Grand se mettent à bouger.
  • Logistique
    Tous les éléments techniques se trouvent dans le scénario. À chaque fois qu’un mouvement d’une composante importante doit commencer, un technicien sur place doit donner sont OK pour que la commande soit lancée. Chaque artiste a un écouteur pour recevoir de l’information du poste de commande au besoin. Pour ne pas que ça paraisse trop, ils ont un code gestuel un peu comme les coachs de baseball. 32 caméras sont disposées un peu partout, 6 dans le visible et le reste dans l’infrarouge. Elles permettent au poste de contrôle de savoir ce qui se passe à chaque instant, même s’il fait noir.
  • Sécurité
    Tous les systèmes critiques pour la sécurité sont inspectés régulièrement, et souvent par des gens de l’externe. Tout ce qui est alimenté et qui est important a ses propres batteries de secours. À chaque mois, un nouveau scénario catastrophique est simulé. Durant le spectacle, les artistes font des chutes contrôlées de si haut qu’un système sur mesure de filet combiné à un ballon a été conçu pour amortir le choc. Chaque technicien change de travail régulièrement pour rester à l’affût et pour pouvoir en remplacer d’autres au besoin.

J’ai vraiment hâte de voir le spectacle vendredi! J’espère seulement que la technologie ne flanchera pas, empêchant la représentation. En fait, c’est très peu probable. Notre guide affirmait qu’en 3 ans, à 10 représentations par semaines, ils n’en avaient annulé que 6 à cause de problèmes techniques. Parmi ces 6, la moitié furent durant les deux premiers mois.

Un homme à l’image de Las Vegas

Mercredi 5 septembre 2007

hughues airplane

Je suis présentement à Las Vegas pour une conférence sur les mécanismes et la robotique organisée par l’American Society of Mechnical Engineering (ASME). On a pu visiter ce soir le pavillon d’ingénierie de l’Université du Nevada à Las Vegas. L’aspect le plus intéressant était peut-être l’identification du pavillon, nommé en l’honneur de Howard Hughes.

Cet aviateur, ingénieur et réalisateur a eu une vie haute en couleur, à l’image de Vegas. Ayant hérité d’une somme importante dont il a pu disposer à sa majorité, il a arrêté les études en génie pour aller faire du cinéma à Hollywood. Un de ses succès, intitulé Hell’s Angels, rassemblait d’ailleurs sa passion pour le cinéma et celle de l’aviation. Durant le tournage de ce film, il a maintenu un flotte de 100 avions. En plein tournage, le cinéma avec son a fait son apparition, et il a dû tourner de nouveau une bonne partie du film avec de nouveaux acteurs possédant les bons accents. Parallèlement à ce travail, il a décidé de construire un l’avion le plus rapide à l’époque, le H-1, dont une réplique se trouve dans le pavillon d’ingénierie de UNLV (photo). C’est d’ailleurs en l’honneur de cette division de l’armée de l’air américaine que le célèbre groupe de motard a choisi son nom, mais ça c’est une autre histoire.

Dans les années 60, Hughes a déménagé à Las Vegas et a acheté plusieurs hôtels à la Mafia. Il voulait changer la perception que les gens avaient de Vegas d’une ville dirigée par les bandits. Il aimait voir Las Vegas en termes “d’un homme habillé avec classe accompagné d’une femme aux bijoux sublimes, vêtue de fourrure et sortant d’une voiture luxueuse.” On lui doit aussi l’invention du “vidéo”. En effet, s’étant approprié des stations de télévision de la ville, il appelait souvent pour qu’on y diffuse le film qu’il désirait voir. Naturellement, sa vie s’est terminée dans la drogue et les problèmes de santé…

8 startups technologiques de Québec à surveiller

Dimanche 2 septembre 2007

Basse-ville de Québec
[photo: Ben Vaillancourt sur Flickr]

Non je ne montre pas une photo du Château Frontenac pour symboliser la ville de Québec. Il s’agit plutôt d’une photo du renouveau qui a lieu en basse-ville, où plusieurs entreprises se sont installées. Ce n’est qu’un exemple que Québec se dynamise et ça se sent. D’ailleurs, la revue Canadian Business la classait bonne première l’année dernière dans son évaluation des meilleures villes pour faire des affaires au pays.

Est-ce que ce climat permet à des nouvelles entreprises technologiques prometteuses de voir le jour? Heri, de MontrealTechWatch, m’a posé la question il y a un moment. Je n’ai pas fait d’étude exhaustive de la question. J’ai quand même décidé de vous présenter aujourd’hui huit entreprises de la ville de Québec à différents stades de démarrage que je juge personnellement intéressantes. Je vous indique qui est derrière, ce qu’ils font et pourquoi je trouve ça intéressant.

  1. Swammer
    Qui? - Swammer est une collaboration entre Filteris (Jérôme Coutard, PhD diplômé de la faculté des lettres de l’Univertsité Laval) et Compurangers (Stéphane Muller and Andreas Möllmann).
    Quoi? - Beaucoup de choses qui se disent sur un sujet finissent sur le web. En l’utilisant comme une base de donnée, ils mesurent la perception publique d’un produit, d’une entreprise, d’un concept ou d’un individu. Pour ce faire, leur analyse du contenu est à la fois quantitative (́échantillonnage, découpage, codage, comptage…) et qualitative (catégorisations, contextualisation, analyses symbolique et structurale, grilles interprétatives…).
    Pourquoi? - D’abord parce que les médias en ligne gagnent du terrain. Ensuite, parce qu’ils ont déjà montré la validité de leur approche. Puisqu’ils utilisent des informations en “temps réel”, ils sont plus rapides que les sondages.
  2. TLCL Recherche optique
    Qui: Le professeur de physique à l’Université Laval Tigran Galstian et son équipe. Aucune site Internet n’est en ligne pour le moment, l’entreprise est en mode furtif.
    Quoi: Développement et commercialisation des lentilles contrôlées électriquement pour la mise au point automatique dans les caméras de téléphones cellulaires.
    Pourquoi: Imaginez une caméra de téléphone cellulaire avec un zoom optique. Ce marché est gigantesque. De plus, leurs lentilles sont simples et peu coûteuses à fabriquer. L’invention est brevetée dans plusieurs pays stratégiques et l’entreprise est financée considérablement, principalement par des investisseurs de la Silicon Valley.
  3. Poly9
    Qui? - Greg Sadetsky et Denis Laprise.
    Quoi? - Mashups de cartes sur Internet. Ils ont développé Free Earth, un substitut léger et rapide à Google Earth à l’intérieur d’un fureteur.
    Pourquoi? - D’abord pour les fondateurs, qui savent ce qu’ils font et qui en sont passionnés. Ensuite pour les applications possibles grâce à FreeEarth. Finalement, parce qu’ils éliminent deux irritants du très populaire Google Earth: la nécessité d’installer une application et la quantité importante de données à télécharger (quelques centaines de kB pour FreeEarth contre plusieurs MB pour Google Earth).
  4. iMinR
    Qui? - Stéphane Guérin
    Quoi? - Outil de web analytique.
    Pourquoi? - Parce que Steph Guérin est une des premières personnes à Québec à avoir fait de l’argent sur Internet en vendant des sites qu’il avait conçu. Il est un programmeur fort compétent (selon ce que son ancien patron nous dit) derrière Nuouz et Tout le monde en blogue. En résumé, il connaît bien le web. Il se mesure à Google Analytics et désire donc en offrir plus que le géant… qui est gratuit. Entre autre, iMinR est adapté pour les sites en AJAX et est compatible avec la sécurité SSL.
  5. Puzzr
    Qui? - Carl Guillemette et Jason Simard, deux motivés que j’ai rencontrés au dernier YULBIZ-Québec.
    Quoi? - Site web permettant d’explorer les nouvelles sur Internet de façon intuitive. La meilleure façon de comprendre est de l’essayer.
    Pourquoi? - Au lieu d’être abonné à 15 flux RSS pour suivre l’actualité sur un sujet donné, leur site permet de fouiller les nouvelles par thème et de les creuser à l’aide de mots-clé. Si en plus on pouvait générer un flux RSS à partir des thèmes qui nous intéressent, leur service serait drôlement pratique. J’en serais un utilisateur certain, entre autre pour suivre les nouvelles sur la robotique dans les médias.
  6. MonAvis.ca
    Qui? - Philip Boumansour et Vincent Gibara.
    Quoi? - Clone québécois du site américain Yelp, où la communauté échange sur les commerces locaux.
    Pourquoi? - Parce que c’est un site communautaire qui peut clairement avoir un modèle d’affaires étant donné qu’il gravite autour de commerces. La plate-forme permettra de présenter de la publicité ultra pertinentes.
  7. Polyrix
    Qui? - Philippe Lambert, Jean-Daniel Deschênes, Nicolas Martel-Brisson et Christian Dompierre, quatre gradués du Laboratoire de vision et de systèmes numériques de l’Université Laval.
    Quoi? - Pour le moment, compagnie de service oeuvrant dans l’acquisition et la visualisation tridimensionnelle. En parallèle, ils travaillent actuellement à la réalisation d’un outil de traitement d’images qui sera disponible en ligne.
    Pourquoi? - Encore une fois, pour les fondateurs. Je les côtoie depuis quelques années et ils font du travail de grande qualité. Il ne s’agira qu’ils mettent le doigt sur la bonne façon de tirer profit de leur expertise.
  8. Waka.ca
    OK, je ne suis pas crédible, mais il faut que je me plogue!
    Qui? - Entreprise fondée par mon cousin et programmeur d’expérience Jean-Sébastien Bouchard et moi-même.
    Quoi? - Site Internet qui fait l’agrégation de la majorité des sites de vente d’immobilier au Canada.
    Pourquoi? - Parce que l’immobilier c’est gros. Parce que le système SIA, qui rassemblait les maisons à vendre de tous les agents au pays est en train de craquer de partout. L’interface est vétuste et les grandes bannières s’en séparent les unes après les autres, travaillant sur leur propre site et tirant la couverte de leur côté. Waka.ca vise d’abord à rassembler le contenu à un seul endroit, en incluant même la vente de particulier à particulier. Avec toutes les données colligées, on pourra aussi donner de l’information bonifiée sur la valeur des maisons.

Lesquelles parmi ces entreprises présentant un potentiel intéressant réussiront à tirer leur épingle du jeu? Seul l’avenir nous le dira.