Archive pour October 2007

5 choses épeurantes à essayer avec son site web

Tuesday 9 October 2007

Chris Anderson
[Photo de Chris Anderson - DIY-Drones]

J’assistais hier à une journée Infopresse sur les nouveaux modèles d’affaires électroniques. L’invité d’honneur était Chris Anderson, qui porte plusieurs chapeaux. D’abord, il est l’éditeur en chef de Wired. Ensuite, il est l’auteur de “The Long Tail” et bloggueur sur TheLongTail.com. Ce concept de la longue traîne implique qu’à l’ère actuelle, les entreprises peuvent adresser un segment de leur marché autrefois laissé de côté. Dans un modèle comme chez Chez Wal-Mart, il y a un espace limité sur les tablettes. L’entreprise ne doit donc y présenter qu’une petite quantité de produits qui sont ses meilleurs vendeurs. À l’inverse, sur le web, l’espace pour l’inventaire est virtuellement infini. Ainsi, on peut y vendre plusieurs produits de niche en plus petite quantité. La quantité d’objets qu’on vend suit donc une loi de puissance tel que discuté sur mon article précédent sur la forme de l’Internet. Il y a peu de produits très vendus, et beaucoup de produits très peu vendus. Cette grande quantité de produits peu vendus représente la longue traîne, qui peut dans certains cas être une source de revenu importante.

Le dernier chapeau qu’Anderson porte est celui de père de cinq enfants, ce qui l’a amené à blogger à propos des Lego-Mindstorms et des véhicules aériens autonomes sur DIY-Drones. Bien qu’il touche des milliers de personnes par jour via Wired et son blog commercial, il semble quand même fier des 90 visiteurs qui s’intéressent à ses geekeries paternelles.

À la lumière de son expérience avec Wired, qui est utilisé comme un laboratoire par le conglomérat Condé-Nast, il nous suggère cinq façons pour sortir notre site web de sa zone de confort:

  1. Oublier l’idée de devenir un portail
    L’idée qu’un internaute passe par un portail pour tous ses besoins est à son avis farfelue. La plupart des gens qui visitent Wired arrivent sur une page directement avec une recherche ou par un lien externe. Souvent, ils repartent aussitôt après avoir consommé l’information.
  2. Faites tomber les murs
    Ne tentez pas de protéger l’information de votre site web, entre autre en utilisant une inscription obligatoire. Il a montré l’exemple du site web du défunt magasine Business 2.0. Au début de 2006, ils ont commencé à imposer une inscription et l’achalandage s’est effondré (image ci-dessous). Sur le web, les clients peuvent être plus infidèles. À la moindre contrariété, ils partent ailleurs.
    alexa_business2.png
  3. Laissez votre contenu aller
    En ce moment, c’est la guerre pour obtenir l’attention de l’internaute. Donnez-lui la possibilité de consommer votre contenu de la façon qu’il préfère. Si c’est par fil RSS, soit. Donnez-lui les textes intégraux de cette façon. Pour Wired en ligne, 36% des lecteurs le font via un lecteur RSS et cette proportion augmente sans cesse.
  4. Valorisez vos archives
    Plusieurs pages de votre site sont probablement vieilles et inactives. Elle ne sont pas pour autant sans valeur! Puisque ces pages ont été créées il y a longtemps, il y a de bonnes chances que plusieurs liens y pointent et donc que Google leur donne une bonne importance. Ainsi, ces pages risquent de ressortir dans les résultats de recherche. Vos archives sont déjà payées depuis longtemps. Grâce à Google, vous avez la chance qu’elles continuent de faire de l’argent, profitez-en!
  5. Prenez des chances
    J’adore le dicton “Fall fast” auquel il faisait référence. À la vitesse où vont les choses, il est difficile de tout prédire. Vaut mieux essayer et mesurer ce qui se passe pour avoir des données qui nous aideront à réitérer ou à essayer quelque chose de complètement nouveau.

Son prochain livre s’intitulera “Free”. Il y expliquera comment tout tend à être gratuit et comment plusieurs modèles d’affaires seront possibles, même en donnant un produit ou un service. C’est une idée qui est dans l’air depuis un moment. D’ailleurs Kevin Kelly, un autre éditeur de Wired, faisait l’éloge du gratuit dans un article visionnaire paru en 1997 intitulé “The New Rules for the New Economy“. Sa 7e règle était celle de la générosité: “Follow the free”.

S’inspirer de la nature pour créer

Monday 8 October 2007

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[image: EvoLogics]

Il n’y a rien de nouveau à vouloir prendre des méthodes de la nature et d’essayer de l’appliquer à nos inventions. À première vue, ça semble quand même une bonne idée. Après tout, les systèmes vivants de la nature sont le résultat de millions d’années d’optimisation Darwinienne.

Il existe plusieurs robots qui mimiquent la nature: un robot-gecko, des fourmis, une méduse, une salamandre, un serpent, etc. Dans un fort intéressant podcast de Talking Robots, Rudolf Bannasch explique son approche pour s’inspirer de la nature afin de créer des technologies novatrices. Il est d’abord biologiste, puis professeur de bionique à l’Université Technique de Berlin et plus récemment entrepreneur fondateur de EvoLogics. Il définit la bionique comme “l’étude des résultats de l’évolution du point de vue de l’ingénierie.” Voici les leçons de Bannasch:

  • Comme l’ont appris à la dure les pionniers de l’aviation il faut éviter de copier systématiquement la nature. Rappelons-nous les hommes-chauve-souris qui faisaient au mieux des sauts de crapauds… Il est préférable d’extraire les principes de fonctionnement puis de les appliquer à des échelles propres à notre application, avec des matériaux disponibles. Si on les comprend bien, ces principes peuvent ensuite être utilisés dans des applications qui s’éloignent de l’inspiration initiale. Par exemple, il a utilisé un principe découvert dans les nageoires de poissons pour créer des préhenseurs robotiques qui s’adaptent à la forme de l’objet.
  • La bionique est par définition multidisciplinaire. La biologie, la physique, le contrôle et les matériaux y sont tous importants. Il faut comprendre leurs différents effets à l’intérieur du principe qu’on essaie d’isoler. L’étude judicieuse permet d’intégrer de l’intelligence à même la structure, pour ensuite faciliter le contrôle. En fait, cette approche est aussi préconisée au Laboratoire de robotique de l’Université Laval où je travaille.
  • La bionique n’est pas une solution ultime. Elle n’est qu’une approche de design. Elle peut ouvrir l’esprit et donner un point de départ dans la recherche de solutions. Selon le professeur, “la nature présente des solutions optimales pour certaines conditions initiales et certaines contraintes.” Pour l’ingénieur, ces contraintes peuvent être toutes autres. Par exemple, un oiseau doit pouvoir plier ses ailes une fois au sol pour ne pas accrocher tout autour de lui. Pour une avion, c’est moins important.

Parmi ses réalisations, notons un robot-raie, un robot-pingouin, un modem qui chante comme les dauphins pour pouvoir communiquer de façon plus robuste sous l’eau, des turbines plus efficaces inspirées du contour d’un profil d’aile d’oiseau (photo) et un bras de robot humanoïde. À son avis, la collaboration humain-robot sécuritaire représente un des plus grands défis à venir en robotique. Il pense que l’utilisation de systèmes mécaniquement intelligents utilisant des structures flexibles est une piste de solution intéressante.

L’ingrédient secret des meilleurs startups canadiens

Tuesday 2 October 2007

Je viens de tomber sur l’article “Canada’s Hottest Startups” de la revue Profit. La liste des 50 entreprises de moins de 5 ans montrant la plus forte croissance du chiffre d’affaire est très diversifiée. La provenance géographique, un peu moins: 3 entreprises sur 4 sont ontariennes, 14% sont albertaines. Les autres provinces suivent loin derrière. Le classement en tant que tel est intéressant, mais pas autant que les encadrés qui présentent les résultats de sondages effectués auprès des dirigeants des entreprises.

Quelle est la clé de leur succès? Le tableau ci-dessous montre leur réponse: le personnel! Il y a toujours des humains dans la boucle, surtout s’il y a de la technologie d’impliquée. Dans tous les domaines, de la construction à la conception web ou la robotique, on manque de monde qualifié. 90% des dirigeants indiquent que leur capacité à attirer du bon personnel a été critique pour leur expansion. La même proportion affirment que de garder le bon personnel a été aussi important.

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Est-ce que ça peut être plus clair? Oui, car à la question “qu’est-ce qui a limité votre croissance?”, 70% répondent le manque de main-d’œuvre qualifiée.

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Et que font-ils pour garder les bons éléments? Les stratégies sont diverses, mais les bonus personnels semblent faire le travail.
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Mon père, qui a eu un certain succès en affaires, m’a souvent dit “le plus beau cadeau que la vie pouvait me faire, c’est de ne me donner aucun talent spécial. Ça m’a obligé à bien m’entourer.” J’avais déjà assimilé cet enseignement, mais cet article vient me rappeler à quel point il avait bien raison.

6 façons de devenir unique

Monday 1 October 2007

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[photo Ahmed Rabea sur Flickr]

Les deux dernières semaines, je travaillais sur une piste intéressante pour mes recherches. Comme ça arrive à plusieurs chercheurs, je me suis finalement rendu compte que quelqu’un d’autre avait fait pratiquement la même chose et l’avait publié l’an passé.

De la même manière, ça fait plusieurs mois qu’on se demande quelle technologie du laboratoire on devrait utiliser pour démarrer une entreprise. Souvent, nous sommes arrivés à la conclusion qu’une approche similaire existait déjà ailleurs dans le monde. Ce ne sont pas toutes les entreprises qui sont confrontées à cette problématique à cette échelle. Dans certains cas, de se distinguer localement peut être suffisant pour avoir une entreprise florissante. Cependant, pour les domaines plus pointus comme la robotique, les marchés doivent dépasser les frontières pour être viables. Il faut offrir quelque chose de différent du reste du monde. De plus, comme je le mentionnais dans l’article sur la création de produits technologique, les produits conçus pour l’exportation finissent souvent par avoir plus de succès, même au niveau local.

Comment donc faire sa place dans ce monde de recherche et développement ultra-compétitif? Je ne prétend pas avoir la réponse, car je ne réussi pas moi-même jusqu’à maintenant à trouver ma voie technologique. Cependant, j’y ai pensé pas mal récemment. Voici six pistes qu’on peut explorer à mon avis pour devenir unique au monde.

  1. Miser sur vos expertises distinctives
    Pour se différencier, il faut miser sur ses forces. Quelles sont les expertises que vous possédez qui sont les plus rares et qui ont le plus de valeur? Comment pouvez-vous amener ce savoir-faire au second niveau pour être encore plus unique? Pour qui est-ce que cette expertise a de la valeur?
  2. Connecter des domaines différents
    Ce qui peut sembler banal dans votre domaine peut être complètement exceptionnel dans un autre. Récemment, j’ai vu une application de la robotique à la transplantation de cheveux. Il ne s’agit pas d’une recherche révolutionnaire mais plutôt d’une application de plusieurs concepts de vision numérique et de manipulation d’objet. Sans être banal, l’aspect robotique n’est pas spectaculaire. Cependant, pour le chirurgien qui diminuera de moitié le temps d’opération (de 8 heures à 4 heures) et qui éliminera les problèmes de main-d’œuvre liés à des emplois routiniers et peu stimulants, l’avantage est clair. Qu’est-ce que vous êtes capable de bien faire et qui pourrait être excellent pour quelqu’un d’autre?
  3. Être attentif aux problèmes
    Parfois, on est trop fixé sur notre nombril. On se concentre tellement sur ce qu’on sait faire en essayant de trouver un problème qu’on ne voit plus rien. Il faut être attentif aux gens autour de nous. Il faut créer des opportunités pour comprendre les problèmes que les gens rencontrent et par la suite voir comment on pourrait les aider. Parfois la solution est là tout près, il faut seulement savoir écouter.
  4. Faire preuve d’humilité
    J’ai entendu à quelques reprises en entrevue Dominique Brown, le fondateur de la compagnie de jeux vidéos basée à Québec Beenox. Au départ, il voulait concevoir des jeux vidéos et était convaincu de faire mieux que tout le monde qui en faisait déjà. Il s’est vite rendu compte qu’il était bon, mais pas au point de battre des compagnies bien établies sur un terrain qu’elles dominaient. Pour percer, il a visé un marché mal servi, celui de l’adaptation de jeux existants pour différentes consoles. Après quelques succès, il avait l’expérience, les moyens et la position pour enfin concevoir ses jeux. Parfois, pour atteindre l’objectif, il faut faire un détour pour mieux se placer les pieds. Comme les Alliés, une fois que vous aurez saisi votre plage de Normandie, vous pourrez marcher plus loin.
  5. Avoir le bon timing
    La bonne idée aujourd’hui ne sera pas la bonne idée demain. Mon frère, avec Duproprio.com, était pile sur la montée d’Internet au Québec et sur une période chaude de l’immobilier dans la province. Tous les éléments étaient en place pour favoriser la progression. Il faut avoir du flair et comprendre le milieu dans lequel vous voulez évoluer. Quelles sont les tendances qui se dessinent? Comment pouvez-vous surfer une vague qui approche et gagner de la vitesse? Naturellement, ça prend aussi un peu de chance!
  6. Travailler fort
    Nous sommes 6 milliards d’humains sur la Terre. Croyez vous qu’une bonne idée facile non réalisée est monnaie courante? C’est beau la stratégie et la chance, mais il faudra certainement beaucoup de travail pour peaufiner votre vision et bien l’exécuter. Si c’était si facile, ça existerait déjà!

Le démarrage est difficile, sans moyen ni expérience. Il faut donner tout ce qu’on peut pour passer le seuil de survie et gagner un air d’aller. Si tout va bien, c’est vous qui deviendrez ensuite le “oui mais ça existe déjà” des nouveaux innovateurs, qui feront tout à leur tour pour vous déloger.