Archive pour March 2008

Voir de ses yeux

Monday 31 March 2008

premier regard

Ma blonde a accouché la semaine dernière de notre premier fils. Expérience intense s’il en est une, c’est une source incroyable d’énergie et de bonheur. Il s’agit de ce genre d’événement où on entre dans un autre mode, où tout nous semble irréel. Pourtant, il n’y a rien de plus vrai. Tellement que pour moi, ce passage représente une occasion de me poser des questions sur la nature même de la réalité.

La réalité, on la perçoit à travers nos sens. Et il n’y a rien comme vivre quelque chose pour vrai: de voir avec nos yeux et de percevoir avec tous nos autres sens. Avez-vous déjà observé la lune dans un télescope? Ce n’est pas nécessaire d’en avoir un très puissant. Aucune photo de la NASA haute résolution ne peut vous préparer à ça. Quand on l’observe directement, on a vraiment cette perception d’une boule dans le vide qui se déplace à grande vitesse. De la même manière, il n’y a aucun papier glacé qui peut vous préparer à ressentir une vraie beauté féminine à vos côtés en chaire et en os. Pour la naissance d’un enfant, c’est la même chose. Aucun vidéo ou récit d’un proche ne peut équivaloir l’expérience, qui est à des miles de ce qu’on peut imaginer.

À mesure qu’on quitte la jeunesse, on devient moins sensible à la réalité. En vieillissant, je me demande si c’est moi qui est plus usé en ayant plus vécu, où si ce sont mes capteurs qui perdent en sensibilité. La réponse est probablement les deux. Le monde dans lequel on vit est fondamentalement spectaculaire. De pouvoir faire cette constatation est ma plus belle récompense d’avoir étudié la physique. Comment ce fait-il que les lois de la nature existe? Pourquoi peuvent-elles être décrites par des expressions mathématiques? Pourquoi l’évolution donne des systèmes de plus en plus complexes dont l’humain est le summum connu alors que la nature tend naturellement vers le désordre? Ce sont tant de questions qui éveillent ma spiritualité.

Malheureusement, on finit par s’habituer à tout, même ce qu’on trouvait de plus beau. Il faut refaire une prise de conscience périodiquement pour se rappeler de s’émerveiller. Idéalement, on devrait être assez sensible à notre routine pour en sortir volontairement avant que des événements tragiques ne le fassent à notre place des années trop tard. Combien de gens subissent des accidents à un certain moment de leur vie qui leur font réaliser qu’ils ne sont pas éternels et que précieuses années viennent de s’écouler sans même qu’ils ne s’en rendent compte.

En bon technologue, ça m’amène aussi à me questionner sur les limites de la réalité virtuelle. Est-ce possible de modéliser un monde qui nous semble parfaitement réel? Il s’agit d’un Saint Graal qu’on poursuivra sans probablement jamais l’atteindre. C’est comme dans tout, plus on s’approche de la perfection, plus les derniers détails sont difficiles à obtenir. Parlez-en aux sprinters qui veulent aller chercher le centième de seconde, ou aux roboticiens qui veulent traverser la vallée de l’étrange pour faire des robots qui ont vraiment l’air humain. Et ce n’est pas tout de modéliser, il faut ensuite le rendre par différents médias qui stimulent nos sens. Pour la vision et l’ouïe, c’est encore envisageable. Pour le toucher, le goût et l’odorat, c’est une autre histoire. Cette limitation sera éliminée le jour où on court-circuitera les sens à-la-Matrice pour envoyer l’information directement au cerveau. Mais pour l’instant, vive la réalité, dans tout son éclat.

Comment gérer une entreprise familiale?

Wednesday 19 March 2008

the straight story

La famille, c’est fort. Une des plus belles histoire que j’ai pu voir au cinéma l’illustrant s’intitule “the Straight story“. C’est le récit vécu d’un vieux qui ne peut plus conduire, mais qui veut se réconcilier avec son frère qui habite à 240 miles de chez-lui. Pour compléter le parcours, il part sur son vieux tracteur à gazon John Deere, donnant lieux à un road trip inhabituel.

Est-ce une bonne idée de bâtir une entreprise autour de ce lien viscéral qui unit une famille? Gérer une entreprise est complexe. On doit souvent prendre des décisions au flair, se basant sur des informations incomplètes. Quand on ajoute une couche de sentiments à cette prise de décision, on ajoute une complexité certaine. C’est presque un stéréotype d’entendre qu’il ne faut pas mélanger affaires et famille. Pourtant, de nombreuses entreprises en santé ont pour cellule souche une famille. L’entreprise profite alors du lien de confiance, du sentiment d’appartenance et de la complicité entre les dirigeants. Ce système est performant mais risque l’instabilité.

Ça fait une vingtaine d’années que je baigne dans un milieu familial entrepreneurial, pour le meilleur et pour le pire. J’ai encore des entreprises avec des membres de ma famille et des amis. Cette réflexion, je l’ai donc bien mûrie et j’essaie de la mettre en pratique. Elle s’applique aussi aux entreprises qui rassemblent des amis comme fondateurs. Comment faire, donc, pour arriver à être en affaires avec des gens qu’on aime depuis longtemps?

  • Avez-vous vraiment besoin ou envie de travailler ensemble?
    Les entreprises familiales ont été dans ma famille une grande source de joie… et de conflits. En grandissant, j’ai toujours eu le choix évident de m’impliquer dans des projets familiaux déjà bien en marche. Il faut à mon avis éviter de prendre ce choix par défaut si on est inconfortable avec. Il n’y a rien de pire pour un esprit libre et entrepreneurial que de se sentir pris dans un cul-de-sac. Devant la difficulté de travailler avec mes proches il y a quelques années, j’ai fait un détour pour faire mes preuves et construire ma confiance ailleurs, notamment à l’école et en voyages. Aujourd’hui, je suis de nouveau impliqué dans les projets familiaux. Non seulement j’y suis de plein gré, mais je peux apporter des aspects constructifs distinctifs que je n’aurais jamais apportés en étant toujours resté dans l’entreprise. Pour que la dynamique soit intéressante, il faut que les différents membres de la famille puissent apporter différentes expertises et façons de régler des problèmes. Bref, il faut être là librement et avoir les coudées franches.
  • Faites comme si vous étiez des étrangers.
    Ce qu’il y a de plus paradoxal dans les relations humaines, c’est que plus on aime quelqu’un, plus on s’en permet. En affaires avec nos proches, on est parfois moins rigoureux, moins polis qu’avec de purs étrangers. Trouvez l’erreur.
  • Respectez le pouvoir des mots.
    Dans le même ordre d’idée que la précédente, il faut faire attention à ce qu’on dit. Un même message, transmis d’une façon, peut blesser un allié et altérer le climat de façon négative et durable. Parfois, on finit par se calmer mais ces mots reviennent résonner dans notre tête et nous faire resserrer les dents. Dans des situations stressantes où tout le monde est à fleur de peau, il faut peser ses mots.
  • Qui fait quoi?
    Une des plus grandes sources de conflits dans l’entreprise familiale vient du fait que l’autorité est partagée entre plusieurs personnes. Ceci est d’ailleurs très désagréable pour les employés de l’entreprise, qui se retrouvent entre l’arbre et l’écorce. Ces zones d’incertitudes provoquent des frictions entre les dirigeants qui tirent chacun de leur côté. Il faut savoir se faire confiance et définir les juridictions de chacun le plus clairement possible.
  • Rattachez-vous au but commun.
    La diversité, dans l’évolution ou dans une entreprise, est vitale pour survivre et se renouveler. Cette variété d’idées et de méthodes peut cependant devenir une source de discussions très animées. Quand ça dérape, il faut savoir rassembler les troupes autour d’un but commun. Une fois que tout le monde s’entend sur l’objectif, on peut généralement trouver une méthode pour y arriver.
  • Sachez quand vous retirer.
    Il est possible, à mesure que l’entreprise progresse et que vos situations personnelles changent, que l’alliance ne soit plus souhaitable. C’est particulièrement vrai si les buts de tous, jadis commun, commencent à diverger. Alors il est probablement préférable de prévoir le départ un peu à l’avance, avant que ce ne soit tendu et que ça ressemble à un épisode des Lavigueur. Je suis certain que vous préférez terminer vos jours au sein d’une famille unie, plutôt que de faire 240 miles en tracteur à gazon pour aller réparer une des relations les plus importantes de votre vie.

Bon séjour, Dextre!

Tuesday 11 March 2008

dextre

Le robot Dextre est parti aujourd’hui vers la station spatiale internationale. Ce torse à deux bras se retrouvera au bout du Canadarm2. Il servira pour effectuer la maintenance de la station. Vous pourrez suivre le déploiement de ce chef-d’œuvre sur le site de la mission STS-123 et dans les médias durant les jours à venir.

Éventuellement, il est possible que Dextre soit équipé de mains SARAH développées au Laboratoire de Robotique de l’Université Laval. Des versions de cette main sont actuellement testées à l’Agence Spatiale Canadienne et chez MDRobotics, fabricant des manipulateurs spatiaux canadiens.

À l’annonce de cette nouvelle, je réitère mon voeux que cette technologie demeure canadienne et ne soit pas vendue. Nous avons tous payé avec nos taxes le développement de cette expertise. En ce moment, aucun autre pays n’a autant d’expérience en robotique spatiale que le Canada. Pour combien de temps encore? C’est un créneau que nous nous sommes accaparés. Le bras canadien a été construit par le privé, mais il a été financé en totalité par l’Agence. Maintenant que la technologie est mature, il faut capitaliser dessus pour bâtir toute une industrie autour de la robotique spatiale, pas la vendre!

[Photo: Agence Spatiale Canadienne]

Lancement de Devtech Québec

Tuesday 11 March 2008

J’assistais hier au lancement de Devtech, “l’initiative régionale pour soutenir la croissance des entreprises de haute technologie” de la région de Québec.

Le programme comprend deux volet, main-d’œuvre et entrepreneuriat. C’est évidemment ce second aspect qui m’intéresse plus particulièrement. Les différentes composantes sont:

  • Le Cercle Devtech, permettant aux entrepreneurs technologiques de se rencontrer et de trouver des mentors aux plus jeunes. D’ailleurs, on a eu droit après l’annonce à un témoignage très intéressant d’un mentor (François Gilbert, FIER succès) et de son mentoré (Éric Bergeron, d’Optosecurity).
  • Le programme 10×20, visant à créer des “gazelles”, soit à faire passer des entreprises de 2 à 20M$ de chiffre d’affaire. Ce projet est parrainé par des consultants de l’école d’affaires Sloan du MIT. Certaines entreprises sont déjà passé par le programme et selon leur témoignage, ils ont apprécié la démarche.
  • Le programme Devtech 50k + Ignition 1, un concours de plan d’affaires pour entreprises en démarrage inspiré de ce qui se fait à Waterloo.
  • Worshop Devtech, dont ils n’ont pratiquement pas parlé.
  • Réseau d’Anges investisseurs.

Au total, ce programme profite de 825k$ pour cette année provenant principalement du Fonds de l’innovation mais aussi du privé, avec possibilité de reconduire. Il s’agissait d’une annonce très générale. Les différents programmes se concrétiseront donc dans les prochains mois. J’imagine qu’on en aura des nouvelles via le site du Pôle Québec Chaudière-Appalache.

Voir aussi l’article sur Cyberpresse.

Générer de l’art avec des mathématiques

Wednesday 5 March 2008

À faire des maths et générer des graphiques sur Matlab dans la conception et l’analyse de robot, je suis souvent étonné de la beauté des images produites. Pourtant, le but n’est vraiment pas artistique. C’est fascinant de voir que les mathématiques peuvent produire des formes très esthétiques.

Cette semaine, Bass m’a justement fait réaliser que Flash permet d’utiliser des fonctions mathématiques dans les animations. Il m’a montré quelques sites (entre autre celui-ci) où cette fonctionnalité est utilisée. C’est d’ailleurs la méthode de création de Joshua Davis (voir aussi vidéo ci-dessus), qui combine Illustrator et Flash pour générer des images vectorielles assez pétées. Dans l’article que j’avais écrit “Pourquoi tout s’accélère?“, je parlais justement des programmes qui permettaient de générer des designs de machines ou de circuits électroniques. Je n’avais pas réalisé qu’une méthode similaire est utilisée pour créer de l’art!

Ce qui est bien de Flash, c’est que le résultat est très beau, il est vectoriel et que le plugin est très répandu. En ce moment, je suis justement en train de vouloir faire des animations en Matlab et je ne vois pas comment les exporter en format vectoriel. Je perd ainsi beaucoup de qualité et les fichiers sont très lourds pour rien. Dans les prochains jours, je vais essayer d’utiliser ces tutoriels de math en flash pour produire des animations vectorielles de robots à câbles. À suivre…

Personnalisation de masse, pourquoi?

Tuesday 4 March 2008

Cet article est la suite du premier d’un série sur la personnalisation de masse.

Quel est l’intérêt de la personnalisation de masse? 

Pourquoi se casser la tête à offrir des produits sur mesure alors que la production de masse fonctionne bien depuis l’après guerre? Et bien les avantages de la personnalisation de masse sont:

  • Pour un même prix, elle permet d’ajouter de la valeur. L’automatisation et l’optimisation des processus permet d’offrir un service personnalisé à un coût similaire d’un bien produit en série. Parfois, ceci permet d’éliminer des intermédiaires dans le processus, comme le font Dell et Lulu.com. Les gens, de plus en plus, veulent être traité pour ce qu’ils sont: des humains, dans toute leur individualité.
  • En adoptant la personnalisation de masse, vous mettez d’avantage en valeur votre savoir-faire que vos produits. Aujourd’hui, il est très facile de copier un produit. Cependant, un savoir-faire est l’expérience commune d’un groupe de personne unique et il peut difficilement être dupliqué.
  • Vous produisez sur demande. Ceci demande une grande flexibilité de vos précédés et de votre approvisionnement, mais évite d’avoir des inventaires invendus.
  • C’est le client qui décide. Vous n’avez pas à vous casser la tête sur le prochain style qui sera en vogue la saison prochaine dans votre industrie: le client vous dit directement ce qu’il veut. Ce processus vous permet d’ailleurs d’avoir un feedback et des nouvelles idées constamment du client.

Pour quels produits est-ce intéressant?

Ce ne sont pas tous les produits qui méritent ou qui peuvent être personnalisés. Personellement, je ne paierais pas plus cher pour une banane ou un coupe-ongle personnalisé.

Il y a une raison importante qui peut inciter quelqu’un à personnaliser un bien qu’il achète: la nécessité d’avoir des dimensions physiques précises. C’est ce qui pousse les gens à acheter des jeans Levi’s sur mesure. On peut aussi penser à certains aspects de la construction d’une maison: armoires, escaliers, fenêtres, bibliothèques intégrées, qui doivent remplir un espace bien précis qui varie souvent d’une maison à l’autre.

Bien sûr, les goûts peuvent inciter à personnaliser, mais c’est plus un luxe, voire un caprice, qu’une nécessité. Pour certains domaines où le style est un aspect important d’une décision (mode, décoration intérieure, accessoires d’auto, etc.), ça peut quand même être une raisons suffisante de payer un peu plus cher.

Prochain article: Quelles sont les limites de la personnalisation de masse?