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Archive pour avril 2009

revenge-nerds

J’avais 4 ans quand “La revanche des Tronches” frappait le grand écran. Ça devait être parmi les premiers films qui me marquaient à la télévision quelques années plus tard (avec Retour vers le Futur, Porky et Police Academie…) On y voyait de pauvres tronches prendre enfin leur revanche, devenir aussi cool que les sportifs en fumant du weed et en gagnant des concours de rots. La revanche a aujourd’hui bel et bien eu lieu, mais elle a été bien différente. Les Nerds ont changé de nom, se sont attardé à des domaines payants et sont aujourd’hui en train de conquérir le monde.

La marque revue et améliorée

La perception des nerds étaient tellement négative qu’il a fallu revoir la marque pour annoncer le début de la revanche. Ils allaient devenir des geeks. Alors que les nerds étaient totalement risibles, les geeks pouvaient à la limite être charmants par leur excentricité et craints pour leur savoir puissant. Ce changement de nom allait s’opérer en même temps qu’un refocus de leurs activités.

Changement des intérêts

Fini les études pour les études, le Geek allait réaliser des choses, appliquer ce qu’il sait, créer des nouvelles technologies. Il fait avancer l’électronique, puis l’informatique. C’est à ce moment que tout bascule.

L’arme ultime: l’ordinateur

Qu’est-ce qui peut être plus intéressant pour un geek qu’une machine capable de calculer?! C’était déjà merveilleux en soi mais sans le savoir, le geek venait de créer l’arme qui allait lui permettre de conquérir le monde. Finalement, une invention de leur cru allait devenir vraiment grand public, profondément utile à tous les domaines de la société et commercialement très viable. Un impact majeur de cette technologie est qu’elle leur a permis de se rassembler en communautés globales. Avec une base solide, ils partent à la conquête du monde.

La conquête du monde

Alors que tout le monde se met à utiliser l’ordinateur, les geeks sont en mesure de faire valoir leur savoir-faire. Leur connaissance de cet outil leur donne un avantage sur le reste de la population. Ils sont à la base de nouveaux segments de l’économie très lucratifs, qui font tomber d’autres segments entiers.

Alors que les artistes et les nerds ne faisaient pas bon ménage, le geek s’immisce sérieusement dans la culture. À tel point qu’aujourd’hui, le loisir geek par excellence, le jeu vidéo, est le plus grand média de création culturelle.

Plus récemment, le geek a causé un tsunami dans les façons de communiquer. Alors que  le nerd était inapte socialement, le geek a redéfini les façons d’interagir avec les autres et en est devenu un expert. Aujourd’hui, tout le monde leur emboîte finalement le pas. Ça m’a frappé la semaine dernière quand j’ai vue un bulletin de CNN qui invitait les spectateurs à twitterer avec eux. Plus tard dans la journée, je regardais un match de la soirée du hockey à CBC sports, un bastion anti-nerd il y a quelques années, qui eux aussi faisait la promotion de tous les médias sociaux.

Geeks et sans complexe: ils ont maintenant leurs champions.

Le nerd devait se sentir bien seul à son époque, sans communauté ni modèle. Aujourd’hui, des champions geeks tel que Bill Gates, Larry Page et Sergey Brine, sont parmi les personnes les plus riches et influentes du monde. Leur succès permet non seulement aux geeks de rêver, mais contribue aussi à faire évoluer le monde corporatif pour en faire un milieu qui leur est plus hospitalier.

Et à une époque où tout le monde prône l’innovation, la table est bien mise pour qu’ils continuent de s’épanouir pendant encore plusieurs années.

Suite à mon article de la semaine dernière sur la présence web des laboratoires universitaires, j’ai eu quelques commentaires et emails qui méritent une réponse plus approfondie que voici:

Que pensez-vous des sites de réseaux sociaux scientifiques?

Je crois que ça dépend des sites. Personnellement, je n’en utilise pas mais je ne suis plus véritablement dans le monde scientifique. Ce que j’aimais moins du modèle de publications et de conférences, ce sont les délais. J’imagine que ces sites peuvent permettre des interactions plus fréquentes et générer des collaborations.

Quel service de bibliographie choisir?

Un qui est sûr de ne pas disparaître, c’est BiBTeX. D’ailleurs, je suis catégorique que tous les scientifiques devraient utiliser LaTeX pour leurs publications. BiBTex n’est pas un service de bibliographie mais le fichier texte peut être diffusé et partagé. Sur Mac, BibDesk est bien utile pour générer les fichiers de façon intuitive.


Où et comment garder une image professionnelle? En quoi nos photos de nos partys de Noël sont pertinentes à être accessible ouvertement?

De plus en plus, les gens réalisent que de faire les choses sérieusement ne veut pas dire nécessairement se prendre au sérieux. La perception des gens dépend des domaines et aussi des pays. Le plus important je crois est de refléter l’ambiance qui règne au labo, surtout pour le recrutement.

Comme nous faisons de la recherche dans un milieu compétitif, je ne veux pas nécessairement que tous les labos de mon domaine soient au courant de nos nouvelles idées, et nous scoopent!

En entreprise comme en recherche, dans l’utilisation du web, il faut faire attention de ne pas dévoiler les idées avant de les avoir appliquées. Une fois l’idée développée et soumise, je suis d’avis qu’il faut ouvrir les valves. Il y a deux approches: partager l’information et risquer de tomber sur des gens qui veulent vous aider, ou garder tout pour soi en espérant avoir le temps et les ressources pour tout faire soi-même. Je crois que les problèmes scientifiques sont de plus en plus complexes et que les problèmes les plus pertinents doivent être adressés par des communautés entières. Plus vous diffusez d’information, plus vous risquez que les gens utilisent vos recherches comme référence, ce qui en soi est le but quand on recherche. Par ailleurs, si de diffuser des idées générales permet à des gens de vous scooper, c’est peut-être signe que votre expertise n’est pas assez pointue, ou que les contributions sont trop mineures?

Devrais-je mettre nos présentations/affiches de ce que nous avons présenté lors de congrès? Voudrais-je vraiment que tout un chacun y ait accès?

Pourquoi pas? Il me semble que le but de faire de la recherche n’est pas de garder les trouvailles pour nous, mais plutôt de contribuer à l’avancée des connaissances dans votre domaine. Au passage, vous êtes cités, votre crédibilité augmente, vous risquez d’attirer des collaborations, des subventions… et la roue tourne. Considérez que certaines universités (dont le MIT) vont jusqu’à présenter les cours en intégralité et gratuitement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour devenir des nœuds majeurs dans le réseau de la recherche.

Est-ce que d’avoir trop de contenu ne vient pas noyer les documents plus intéressants pour les étudiants comme les photos et les vidéos?

Les différents types de documents servent à attirer des visiteurs qui recherchent de différentes façon. Le texte est bien indexé, comme les images. Il y a moyen de présenter tout ça de façon ordonnée pour rester attirant pour un étudiant potentiel, et être pratique pour celui qui cherche l’information de façon ponctuelle.

labo

Tous les professeurs de labos universitaires comprennent le rôle de leur site Internet pour informer le grand public et surtout, pour recruter de nouveaux étudiants. À mon avis, il y aurait moyen d’améliorer ces deux aspects, en plus de deux autres qui sautent moins au yeux mais qui sont aussi importants:

  • Augmenter les citations de publications du laboratoire, ce qui augmente l’équivalent du PageRank pour les professeurs.
  • Souder la communauté d’étudiants anciens et présents.

Ayant eu un bon moment un pied dans un labo universitaire et l’autre dans une entreprise web, je me suis souvent dit qu’un professeur avec un minimum de motivation pourrait retirer des bénéfices intéressants d’une meilleure présence web. Voici donc quelques suggestions à l’intention de mon alma mater, de mes anciens collègues aujourd’hui devenus professeurs ou de tout autre professeur intéressé d’utiliser le web comme levier pour ses activités recherches.

SEO

  • Le contenu prime - Comme n’importe quel site, celui d’un lab doit avoir du bon contenu. Ça tombe bien, les chercheurs / professeurs produisent beaucoup de contenu de qualité. Le chercheur aura avantage à présenter le plus possible de ce contenu relié à ses travaux: Notes de cours, publications lorsque possible, présentations power point, forum ou wiki interne, bibliographies, etc. Concernant ce dernier point, il peut s’agir de bibliographie des publications du labo, ou comme le fait Jean-Pierre Merlet, de bibliographie issue de la veille qu’il effectue dans son domaine. Plusieurs fois durant mon doc je suis tombé sur des pages du genre en cherchant des publications. Si c’est une bibliographie interne, on peut faciliter la tâche des gens qui veulent nous citer en leur donnant tout cuit dans le BiBTeX.
  • Règles de SEO de base - Sans se lancer dans des optimisations comme une entreprise, il vaut la peine de respecter quelques règles SEO de base pour organiser et mettre en valeur ce précieux contenu. De plus, les réseaux sociaux peuvent s’avérer d’une grande puissance pour donner de la crédibilité web à votre site.

Réseaux sociaux

Les réseaux sociaux peuvent remplir plusieurs fonctions pour votre laboratoire: faire parler de vous sur le web, montrer la vitalité de vos recherches, rassembler des anciens qui se sont perdus de vue, recruter des étudiants, etc. Mettez vos comptes sur des réseaux sociaux bien en vue sur le site du labo. Voici quelques suggestions et leurs utilités.

Les valeurs sûres:

  • YouTube, Flickr - Pour diffuser vos vidéos et vos photos — que vous avez déjà de toute manière — à grande échelle. Plusieurs recherches de documents multimédias se font sur ces sites. En identifiant les vôtres avec les bons mots-clés, vous pouvez tirer pas mal de trafic. Pourquoi ne pas faire un channel youtube comme RoMeLa?
  • Slideshare - Faites vivre tous ces powerpoints qui ne sont présentés qu’une seule fois. Ce site est drôlement bien indexé et pourrait vous faire sortir sur Google sous certains mots-clés que vous désirez. Faites le test en lancant une recherche “robotique québec“…

Les extras:

  • CiteULike - Pour rassembler et partager les citations de tout le monde qui travaille au lab.
  • Linkedin - Créer un groupe pour permettre aux anciens de renouer contact. En réactivant ce réseau, ça ne peut que générer de l’action autour du lab.
  • Facebook - Créer un groupe facebook et le publiciser pour permettre aux futurs étudiants de voir la vie qu’il y a au labo.
  • Twitter - Créer un compte twitter et le tenir à jour demande peu de temps. Encore une fois, ça permet de montrer qui est derrière le lab, lui donner un côté humain, surtout pour les éventuels étudiants.

Il n’y a pas de secret, ça prend aussi un site actif. Les étudiants ont plein de volonté et d’énergie pour tenir ça à jour. Comme peu de laboratoires mettent l’emphase là-dessus, l’environnement est peu compétitif et quelques actions bien alignées pourraient vous permettre d’attirer les regard des gens sur ce que vous faites, que ce soit des collègues qui risquent de vous citer, des étudiants potentiels, la blogosphère ou les journalistes. Et tout ça moyennant un petit investissement: seulement un peu de jus de bras.