Archive pour la catégorie 'Entrepreneuriat'

Gérer son énergie, pas son temps

Sunday 18 November 2007

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[Énergie? Photo de Ben Beltran sur Flickr]

Stressé, fatigué, irrité? Vous en avez trop à faire et faites la course pour sauver les minutes afin de pouvoir compléter votre journée? Vous travaillez plus pour faire tout ce que vous avez à faire, vous coupez dans le sommeil, les repas et dans l’exercice, ce qui vous rend moins productif, ce qui ajoute à votre stress… et la roue tourne! (Tiens, ça me rappelle une comptine pour les enfants [écouter]). Peut-être que votre focus n’est pas au bon endroit… Et si vous mettiez plus d’emphase pour augmenter votre niveau d’énergie que sur la gestion de votre horaire?

Je viens de lire un article de Harvard Business Review (le même volume que l’autre fois à propos de Jeff Bezos) intitulé “Manage Your Energy, Not Your Time” et c’est plein de bon sens. J’aime me rappeler qu’on fait aujourd’hui plusieurs activités avec une machine qui a cessé d’évoluer il y a quelques milliers d’années: le corps humain. La machine n’a pas évolué en fonction des tâches qu’on exécute à notre époque, qui elles découlent d’impératifs qui ne collent pas à notre nature. Vestiges de la révolution industrielle et du travail en chaîne, on fonctionne sur des horaires rigides à l’intérieur desquels on est productif seulement une fraction du temps. Le reste de la journée, on fait des efforts pour rester concentré. On reste à l’ordinateur se disant que c’est comme ça que ça doit être. On aurait le goût d’aller prendre une marche ou de partir à courir dans le bois, mais ce ne serait pas convenable. Pourtant, c’est ce que notre physionomie et nos cycles naturels nous dictent.

L’auteur de l’article est Tony Schwartz du Energy Project. Il nous rappelle que l’énergie est définie en physique comme la capacité d’effectuer un travail. Fondamentalement, nous tirons l’énergie de ce que nous mangeons. Cependant, on peut moduler notre énergie avec notre corps, notre émotions, notre intellect et notre esprit. Voici un sommaire de ses suggestions à propos des différents types d’énergie.

  • Le corps: l’énergie physique
    • Bien manger, dormir et bouger. C’est la base qui permet d’avoir un niveau minimum d’énergie, qui nous aide à gérer nos émotions (ma blonde va aimer lire ça…) et à se concentrer.
    • Notre corps a un cycle naturel de 90 à 120 minutes tout au long de la journée. Durant ce cycle, on passe d’un niveau de grande énergie à une période où notre corps a besoin d’une pause pour récupérer. Vous savez, quand on n’est plus concentré, qu’on a faim et qu’on baille… En ignorant ces signaux et en continuant à travailler, on épuise nos réserves plus rapidement pour la suite de la journée. De prendre de courtes pauses pour décrocher de notre poste de travail (marcher, parler à un ami, écouter de la musique) permet de maintenir une énergie constante tout au long de la journée.
    • Insérez dans votre routine un moment pour bouger. Non seulement c’est bon pour le corps mais cette période peut être la plus créative de votre journée. Quand on bouge, on ne cogite pas activement, ce qui permet à notre hémisphère droit de prendre le dessus. Sa capacité plus grande à avoir une vue d’ensemble limite moins l’imagination et permet de faire des bons vers l’avant dans nos raisonnements. Par expérience personnelle, je confirme cette affirmation. Les grandes lignes d’une bonne partie de ma thèse ou d’idées d’affaires ont été élaborées en courant sur le bord de la rivière Chaudière.
  • Les émotions: La qualité de l’énergie
    • On est plus performant dans un état positif. Malheureusement, on ne peut pas physiologiquement être sur un high continuel. On doit refaire le plein de positif quand on glisse dans le négatifs. Schwartz suggère trois trucs:
    1. Savoir reconnaître les événements qui déclenchent les émotions négatives puis essayer de gagner du temps en prenant plusieurs bonnes respirations profondes. Souvent, ce sera suffisant pour désamorcer une réaction explosive provoquée par le négatif.
    2. Exprimez votre gratitude aux autres. C’est aussi bénéfique pour celui qui donne la tappe d’encouragement dans le dos que pour celui qui la reçoit.
    3. Apprenez à changez les histoires que vous vous racontez. Les événements surviennent, mais la perception qu’on en a ne dépend que de nous. Et c’est cette perception qui nous provoque des émotions. Si on réussit à adapter notre perception — sans évidemment jouer à l’autruche ou se mettre des lunettes roses — on peur réagir mieux à un événement à prime abord négatif. Combien de fois dans notre vie avons-nous eu des moments difficiles? La vie est une série de hauts et de bas. Pourtant, à chaque fois qu’on est dans un bas, on oublie que ça va s’améliorer, comme les 12 000 fois précédentes. Un truc proposé est justement de se demander quelle sera notre perception de cet événement dans six mois. La plupart du temps, on n’y pensera même plus. Un truc que j’utilise personnellement est de me m’imaginer dans Google Earth et de dézoomer au maximum. Déjà la Terre est ridiculement petite à cette échelle, je suis encore plus petit, et mon problème aussi. Changer de perspective permet de remettre les choses en contexte.
  • L’intellect: L’énergie de concentration
    • On pense souvent que d’opérer en mode multi-tâches est une nécessité pour réaliser tout ce qu’on a à faire. En fait, c’est l’inverse, ça diminue grandement la productivité. Un changement d’attention pour répondre au téléphone ou à un email peut augmenter la durée de la tâche initiale jusqu’à 25%. C’est beaucoup plus efficace de se concentrer 90-120 minutes sur une activité, de prendre une pause et de se concentrer de nouveau sur une autre. Différents trucs sont:
    1. Fermer les téléphones et les blackberry durant les rencontres. Répondre aux messages par la suite.
    2. Répondre à ses emails seulement à 2-3 moments déterminés par jours.
    3. Identifier à chaque soir l’activité la plus importante à compléter le lendemain et l’attaquer dès l’arrivée au bureau, avant même de regarder ses emails.
  • L’esprit: L’énergie de la réalisation personnelle
    • Si nos activités au travail sont bien alignées avec nos valeurs, on sentira que ce que nous faisons a du sens, on se sent mieux et plus positifs. Quel est votre zone, les activités dans lesquelles vous excellez et dans lesquelles vous êtes absorbées quand vous les réalisez? Comment faire en sorte que votre travail vous permette d’opérer le plus possible dans cette zone?

Il insiste que les entreprises doivent non pas en demander plus aux employés mais plutôt investir d’avantages en eux, afin qu’ils soient motivés et qu’ils donnent le meilleur d’eux-même. D’ailleurs, plusieurs le font déjà en construisant des salles pour relaxer et se changer les idées, en payant une partie des frais de centre d’entraînement, en installant des douches permettant aux employés d’arriver à vélo. Certains vont jusqu’à faire des réunions en s’entraînant. Facilement, deux mesures qui peuvent avoir un impact sont de définir une plage sans réunion à tous les jours où chacun peut se concentrer sur ce qu’il a à faire, et arrêter de prendre ses emails dans les réunions. Les individus, de leur côté, doivent reconnaître les comportements qui les appauvrissent en énergie et s’engager à les modifier. Bon, je suis dû pour une pause.

Les leçons de Jeff Bezos

Tuesday 30 October 2007

Jeff Bezos
[Jeff Bezos par dfarber sur Flickr]

Je suis tombé sur un article dans le Harvard Business Review intitulé “Amazon Course”. Jeff Bezos, le fondateur et CEO d’Amazon a certainement quelque chose de bon à dire si on se fit à la feuille de route de l’entreprise. Fondée en 1995, le chiffre d’affaire prévu en 2007 est de 13,4 milliards. Pas mal pour un fondateur qui ne connaissait rien au monde de l’édition. En fait, plusieurs observateurs de cette industrie le prédisait cuit quand les grandes chaînes de magasins de livres ont lancé leurs magasins en ligne. Voici un résumé de ses enseignements transmis dans son entrevue du HBR de novembre.

  • Être obsédé par la satisfaction des clients.
    C’est le message qui ressort le plus clairement de tout cet article. Révolutionnaire? Non, plutôt banal même. Cependant, Bezos explique pourquoi dans le climat actuel de grande compétitivité et d’évolution rapide de la technologie, l’approche client est la meilleure selon lui. Si on adapte notre technologie aux compétiteurs, on sera toujours en retard tellement le contexte change rapidement. À l’inverse, il y a certaines constantes dans les préoccupations de clients. En temps troubles, Bezos a déjà rassemblé ses troupes paniquées par l’arrivée de gros compétiteurs en leur disant: “N’ayez pas peur de notre compétition, mais plutôt de nos clients. Ce sont eux qui ont l’argent. Nos compétiteurs ne nous donnerons jamais d’argent.” De plus, en focusant sur les clients, on peut toujours faire mieux alors que si on ne s’occupe que de la compétition, on tendra à ralentir quand on devient le leader. Par ailleurs, prioriser le client permet de répondre à certaines questions trop difficiles. Ça leur est arrivé quand ils travaillaient sur leur système de tierce partie, permettant à d’autres vendeurs d’utiliser leur plate-forme. Ils ont longtemps hésité, de peur de se cannibaliser. En bout de ligne, le fait d’avoir plus de choix pour le consommateur les a fait pencher pour accepter que des revendeurs utilisent Amazon pour transiger, ce qui a finit par être une bonne décision d’affaires à long terme.
  • Qu’est-ce qui ne changera pas?
    En relation avec le point précédent, on se demande toujours quelle sera la prochaine grosse opportunité pour pouvoir la saisir. Selon Bezos, ce qui est certain de ne pas changer est aussi important que ce qui va changer. Dans leur cas, c’est évident que personne n’affirmera “j’aime bien magasiner sur Amazon mais j’aimerais qu’il me livre en retard et aussi payer mon livre plus cher.” C’est une évidence, un no-brainer. “Justement, un no-brainer est un no-brainer précisément parce que c’est important,” affirme le CEO. En travaillant sur les priorités des clients qui changent plus doucement que l’environnement technologique et les compétiteurs, on est certain que notre travail nous rapportera en bout de ligne.
  • Pourquoi pas?
    Parfois des opportunités se présentent et la logique suggérerait à prime abord de les ignorer et de se concentrer sur ce qu’on fait déjà. Pour éviter de se fossiliser dans ce qui ne changera pas, il est important de se poser la question “pourquoi pas?” En fait, il y a peut-être pleins de raisons pourquoi ne pas s’engager dans un projet, on peut manquer de ressource, ne pas avoir l’expertise, etc. Il faut au moins se poser la question. Si on a des doutes que ça peut fonctionner, il faut tenter d’expérimenter rapidement et à peu de frais. Parfois, on ne peut pas tout prédire et il n’y a rien comme l’expérimentation. Naturellement, il faut mesurer les résultats de ces expériences. Amazon ont un Web Lab qui teste continuellement des modifications à l’interface pour voir celle qui fonctionne le mieux.
  • Créer une culture d’entreprise.
    La culture d’entreprise est très stable au fil du temps selon Bezos. C’est en quelque sorte une boucle qui s’entretient d’elle-même: Vous attirez les gens qui aiment votre approche. Quelqu’un qui ne cadre pas dans vos valeurs se convertira après son embauche s’il trouve que vous avez raison. À l’inverse, il sera malheureux et quittera si ses valeurs discordent avec celles de l’entreprise. C’est donc important de s’entourer du bon noyau pour votre mission au départ car l’attitude de ces quelques personnes entraînera toute l’entreprise dans une direction.
  • Embrasser une cause plus grande que soi.
    Pendant longtemps, les fabricants japonais devaient non seulement convaincre les consommateurs que leurs produits étaient de qualité, ils devaient d’abord faire connaître le Japon comme un endroit où se fabrique de la qualité. Je crois qu’ils ont réussi. De la même manière, Bezos veut que le monde parle positivement de son approche-client dans les années à venir. Il travaille pour faire croître l’entreprise, mais aussi pour évangéliser le monde des affaires à propos de ses façons de faire. D’avoir une cause plus grande que soi est très inspirant selon l’interviewé.
  • Rester impliqué dans les opérations névralgiques.
    À mesure que l’entreprise grandit, on passe naturellement de se poser la question “comment faire?” à “quoi faire?” pour finir par avoir à se poser “qui peut le faire?” À mesure que vous vous déconnectez de certains aspects, il est important de se concentrer sur l’essentiel. Quelles opérations sont vitales à l’entreprise? C’est de celles-là que vous devez vous occuper. Pour Bezos, il garde encore un œil sur tout ce qui touche le prix de la marchandise. Dans le même ordre d’idée, chacun de ses employés doit faire du service à la clientèle au bout d’un certain temps. Ça permet de rester connecté sur ce qui se passe et de comprendre l’importance de la qualité d’exécution. Chez Amazon, le téléphone sonne uniquement quand il y a un problème et l’élimination des défauts est par conséquent importante.
  • Amitié et intensité.
    Jeff Bezos est reconnu pour son optimisme chronique. Ça ne l’empêche pas d’être intense au travail. Selon lui, il n’y a pas de contradiction entre être amical et intense. L’atmosphère informelle de l’entreprise incite les gens à dire ce qu’ils pensent vraiment. Quand la vérité sort, belle ou laide, c’est tout le monde qui y gagne.

L’ancêtre des entrepreneurs québécois

Wednesday 24 October 2007

pierre-esprit radisson
[Portrait de Pierre-Esprit Radisson, Bibliothèque et Archives Canada/C-15497]

Je partais hier soir de Québec vers Montréal, un fois de plus, comme bien des gens. Je partais pour aller prendre l’avion en direction de San Jose, participer à la conférence RoboDevelopement qui commence demain. Je suis certain que la conférence va être intéressante mais le chemin me pesait un peu sur le dos: Il pleuvait, j’était fatigué et j’avais oublié mon adapteur à iPod… Je me suis tourné vers la radio et je suis tombé sur un récit très inspirant.

C’était l’histoire hallucinante de Pierre-Esprit Radisson à l’émission Les remarquables oubliés. La vie de cet explorateur commerçant du début de la colonie remplirait quatre films hollywoodiens. À l’adolescence, il s’est fait enlever et torturer par les Iroquois deux fois. Il a vécu avec eux une certaine période. Il est allé explorer de nouveaux territoires pour faire la traite de fourrure au péril de sa vie. Au retour d’une expédition, il s’est fait taxer par les entreprises en place: les Jésuites et les autorités de la Nouvelle-France. Frustré, il s’est tourné vers les Américains, puis les Anglais et de nouveau les Français. Il a été pirate dans les Caraïbes, a fait de nombreux naufrages. Il a mis son expertise pour aller commercer dans le nord canadien. Avec son comparse Des Groseillers, il a été à la base d’une compagnie d’une importance historique: la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il semblerait même qu’il ait joué un rôle dans l’évincement des Hollandais de New Amsterdam (ajourd’hui New York) par les Américains. Il en a payé le prix un peu plus tard lorsqu’il a croisé ces même Hollandais en mer et qu’ils ont coulé son bateau. En tout, il aura traversé l’Atlantique 24 fois en bateau, dont quelques-unes en tant que prisonnier… Je passe vite mais si vous avez une heure pour vous faire raconter une histoire captivante, écoutez le récit de Radisson.

À l’écoute de ces péripéties, je trouvais mon périple plutôt banal. Je faisais aussi des rapprochements entre son attitude et celle requise chez les entrepreneurs, encore aujourd’hui. Radisson était énergique, motivé, ingénieux et il savait bien s’entourer pour faire avancer ses projets. À de nombreuses reprises, il a échoué pour recommencer d’une nouvelle façon. Il a essayé plusieurs chemins, il a exploré de nouveaux territoires pour trouver des fourrures à commercer. Malgré la grande exigence de ses entreprises, il avait toujours de nouveaux projets. Il savait parler français, anglais et quatre langues amérindiennes. Il pouvait commercer avec des gens de différentes cultures. Pour faire un lien avec mon article précédent présentant des conseils aux entrepreneurs, Radisson semblait avoir le goût d’entreprendre plus que le goût de la richesse, et il maîtrisait certainement l’art de convaincre.

Suite à la présentation de l’histoire, il y avait une ligne ouverte co-animée par Martin Fournier, historien et professeur à l’Université Laval. Dany Gauthier, un entrepreneur a appelé pour partager un point de vue similaire au mien. Lui-même revenait d’Angleterre et de France par affaires et l’histoire de Radisson semblait le rejoindre autant qu’elle me rejoingnait. La prochaine fois que vous recevrez une brique sur la tête dans votre projet d’entreprise, pensez à Radisson. Dites-vous que c’est probablement moins pire que de se faire attacher à un poteau par des Iroquois puis de vous faire asséner un coup de hache sur le pied pensant que vous allez mourir. Si vous êtes plutôt dans une épreuve d’endurance, alors comparez-la avec leur déplacement à la barque pour faire le tour du Québec par le Nord. Parfois on oublie que la vie n’est pas nécessairement supposée être facile…

5 trucs pour les entrepreneurs en démarrage

Tuesday 23 October 2007

guy kawasaki
[Guy Kawasaki, photo shelisrael1 sur Flickr]

L’IEEE est une gigantesque organisation dont l’objectif est l’avancement de la technologie. Elle publie plusieurs journaux scientifiques et organise plusieurs conférences, dont la plus importante en robotique. Récemment, ils ont ajouté à leur portail IEEE.tv. Ils y présentent plusieurs documentaires ou petits vidéos résumant les grandes lignes de conférences passées. Plusieurs vidéos sont accessibles aux non-membres et sont très bien vulgarisés. Ils ont laissé certains vidéos accessibles uniquement aux membres, ce qui est une erreur à mon avis. Toujours est-il que dans un de ces vidéos, Guy Kawasaki et d’autres VCs donnent des conseils pour le démarrage d’entreprise. En voici un petit résumé.

  1. Le but premier
    Évidemment que votre entreprise devra faire de l’argent pour survivre, mais selon Kawasaki, ça ne doit pas être la première motivation. Un entrepreneur, comme un inventeur, est quelqu’un qui ne peut supporter de voir le monde dans son état actuel. Il veut l’améliorer et il ne peut rien y faire, c’est plus fort que lui. C’est ce feu qui doit vous animer. Si vous vous concentrez trop sur l’argent, vous attirerez les mauvaises personnes.
  2. Un mantra au lieu d’une mission
    J’ai toujours trouvé drôle les missions d’entreprises: longues, déconnectées des opérations au jour-le-jour, utilisant de beaux grands mots qui ne parlent à personne… Kawasaki suggère plutôt de se définir 2-3 mots, un mantra, qui résument pourquoi l’entreprise existe. Il donne l’exemple d’un restaurant de fast-food dont la mission parle “d’innovation, de partenariat et de leadership.” Avez-vous déjà été touché par l’innovation, les partenariats et le leadership dans un fast-food? Pas vraiment, on ne va là que pour manger. Par contre, on comprend un une chaîne de restaurants dont le mantra est “fast-food santé”. Quand vous vous lèverez le matin, d’avoir un mantra rendra clair ce que vous aurez à accomplir dans la journée.
  3. Votre modèle d’affaires en deux paragraphes
    Répondez à la question “qui a mon argent et comment je fais pour le sortir de son sac?” Le modèle d’affaire doit être simple. Qu’est-ce que vous faites? C’est ce qui se retrouve dans les deux ou trois premiers paragraphes du sommaire exécutif d’un plan d’affaire. Ce n’est pas l’aspect de l’entreprise où on doit innover. Il suggère de demander l’avis aux femmes quand on veut tester notre modèle d’affaires. Selon lui, l’homme a une déviance génétique le poussant à vouloir tuer. N’importe quel plan fou où vous voudrez tuer google grâce à un concept révolutionnaire par exemple plaira aux hommes, mais pas nécessairement aux femmes qui sont plus raisonnables.
  4. Votre vie à convaincre
    Quand vous être entrepreneurs, vous passez votre vie à convaincre. Que ce soit pour vendre votre produit, pour engager, pour avoir du financement, vous êtes toujours en train de convaincre quelqu’un. Vous devez maîtriser cet aspect. Pour une présentation d’une heure sur PowerPoint, tenez-vous à la règle du 10/20/30: 10 diapositives, 20 minutes au total, 30 points de grosseur de caractère minimum.
  5. À propos du financement
    Toujours selon le conférencier, le VC n’a pas la vision, il réagit aux visions inspirantes. Mais avant d’aller les voir, en avez-vous vraiment besoin? Est-ce qu’un client peut garantir une commande pour votre premier produit? Est-ce que vous avez du financement accessible dans votre entourage? Pour une bonne revue de la question, lisez ce guide d’introduction au financement d’un startup. Si vous devez prendre le chemin des VCs, ceux dans le vidéo s’entendent pour dire que c’est de mettre le pied dans la porte qui est le plus important. Pour ce faire, n’hésitez pas à passer par d’autres entrepreneurs qui ont été financés par eux ou simplement à contacter les VCs pour leur demander des conseils de façon non formelle.

Pourquoi déménager à Silicon Valley?

Sunday 14 October 2007

silicon valley de nuit
[Silicon Valley de nuit, photo d’IvanoMak sur Flickr]

Est-ce nécessaire d’évoluer dans un foyer de startups pour démarrer une entreprise technologique? À croire le dernier essai de Paul Graham, la réponse est oui. Graham parle en connaissance de cause. En 1995, il démarrait une entreprise pour faire des magasins en ligne qui a été vendue par la suite à Yahoo. Plus récemment, il a mis sur pied YCombinator, un concept intéressant de capital de risque de très petits montants contre de petits pourcentages d’équité. Deux fois par année, des entrepreneurs qui sont sélectionnés travaillent ensemble pendant trois mois. Cette période ressemble à un cours intensif pratique de démarrage d’entreprise, mais avec un projet bien réel mis de l’avant par les participants.

On aurait tendance à penser que le web permet de rouler une compagnie de n’importe où, voire en plusieurs endroits. Or, la technologie ne change pas tout. Graham avait présenté son argument principal en faveur des foyers de startups comme Silicon Valley dans un essai précédent sur le futur des startups web:

“The value of startup hubs, like centers for any kind of business, lies in something very old-fashioned: face to face meetings. No technology in the immediate future will replace walking down University Ave and running into a friend who tells you how to fix a bug that’s been bothering you all weekend, or visiting a friend’s startup down the street and ending up in a conversation with one of their investors.

Ça m’a rappelé un texte que j’avais lu il y a un moment (et que je ne retrouve plus…) qui comparait la Valley à la route 128 à Boston. Au début de l’informatique commerciale, les deux régions se développaient en parallèle. Chacune avait ses fleurons et ils couraient nez-à-nez. Or aujourd’hui, l’ouest domine clairement le jeu. Que s’est-il passé? Il semblerait que l’attitude des entreprises a joué pour beaucoup. À Boston, on voulait garder tout secret et à l’interne. Dans la vallée, les employés n’avaient aucune loyauté si ce n’est qu’envers eux-mêmes. Plusieurs changeaient de compagnie, emportant avec eux quelques secrets mais beaucoup de savoir-faire. En gros, le maillage a été beaucoup plus intense qu’à Boston, nivelant le savoir vers le haut. Ce sont donc les contacts humains qui font l’avantage d’un foyer de startups. Voilà pourquoi les foyers sont de très petites régions et qu’on ne peut parler de ce concept à l’échelle de pays.

Le résultat, selon Graham, c’est que la vallée est l’endroit où se trouvent des ressources excellentes qui savent comment démarrer une entreprise. On n’a donc pas besoin d’y aller pour partir son entreprise. Cependant, si on y va, on rencontrera des employés compétents, mais aussi des investisseurs compétents. Ce n’est pas tout d’avoir de l’argent. Les connaissances et le réseau d’un investisseur peuvent faire une grande différence. Faut-il rappeler l’importance des humains pour la croissance d’une entreprise?
Il ne voit pas le jour où Silicon Valley sera surpassée comme milieu idéal pour démarrer une entreprise web. En effet, ce type de grappe se bâti un intervenant à la fois. Comme discuté dans un article précédent sur la formation de réseaux, les nœuds les plus anciens ont plus de chances d’attirer le plus de liens. Un nœud a beaucoup de connexions, ce qui en attire encore plus, ce qui en attire encore plus, etc. Évidemment, Graham parle surtout de startups web. Si votre entreprise œuvre dans un autre domaine, il se peut bien que le foyer d’entreprises qui serait le meilleur terreau pour la voir grandir se trouve ailleurs.

Justement, quels sont les foyers propres au Québec? Je ne connais pas l’économie du savoir dans son ensemble, mais voici des domaines où le réseau d’entreprises semble se comparer avantageusement sur l’échiquier mondial:

  • Aérospatiale
    Saviez-vous que Montréal est la seule ville dans le monde où on peut fabriquer un avion d’un bout à l’autre? On a des fabricants d’aéronefs, des moteurs, des trains d’atterrissage, de l’avionique, bref, tout ce que ça prend pour faire voler. De plus, plusieurs universités et centres de recherche offrent des formations de qualité en aérospatiale. C’est le secteur de haute technologie qui emploie le plus de personnes au Québec. Les intervenants comprennent bien l’importance de l’échange et ont créé des structure pour la favoriser comme le CRIAQ et la Grappe aérospatiale du Montréal Métro.
  • Jeux vidéos
    Les jeux vidéos ne sont plus que pour les geeks. À notre époque, il s’agit du média de création culturelle par excellence et ça représente une industrie gigantesque. Tellement que même Téléfilm Canada y investit. Des jeux vidéos classiques sont sortis des studios de Montréal et de Québec. Si vous voulez comprendre le dynamisme et l’importance de ce secteur dans la province, rendez-vous au Sommet international du jeu de Montréal le mois prochain.
  • Arts et spectacles
    La créativité québécoise est aujourd’hui reconnue à travers le monde. Les exemples les plus évidents, Le Cirque du Soleil ou Ex Machina, sont carrément en train de définir de nouvelles formes d’arts de la scène en utilisant judicieusement des nouvelles technologies. Quand j’ai visité l’arrière-scène de Kâ à Vegas, les directeurs savaient que nous venions du monde académique. Ils suppliaient les professeurs de donner des cours sur ce qu’ils faisaient. C’est tellement nouveau qu’on ne peut pas encore l’apprendre à l’école et qu’ils ont toutes les misères de trouver de la main-d’œuvre. Voilà donc une niche où le Québec s’est installé et qui représente une belle opportunité.

Est-ce que je vais déménager à Silicon Valley? Rien de prévu dans ce sens pour l’instant, je suis très bien et très stimulé à Québec. Je serais plutôt du genre à me greffer à une grappe déjà existante ici. N’empêche que je serais vraiment curieux d’aller y faire un tour un jour…

Pourquoi tout ne coûte rien

Thursday 11 October 2007

free beer
[photo: Tom T sur Flickr]

Mon beau-père, toujours à l’affût de bonnes affaires chez Canadian Tire, m’arrive souvent avec des achats récents dont le prix est ridiculement bas. Hier encore, il est arrivé en me disant “regarde ça Sam, un multimètre: 9$.” Le bas prix de plusieurs items dans les quincailleries ou les magasins d’électronique me surprend souvent, quand on pense seulement aux composantes qu’ils contiennent. Je mentionnais hier que le prochain livre de Chris Anderson s’intitulera Free, et qu’il y expliquera pourquoi et comment faire des affaires en donnant notre produit. Durant la même conférence Infopresse, le professeur du HEC Montréal Christian Dussart nous a d’ailleurs expliqué pourquoi tout tendait à être gratuit à notre époque. En jargon universitaire, il parlait de la dévalorisation accélérée de l’offre.

La raison, c’est que nous sommes à la croisée de deux courants importants dont les effets vont dans le même sens: la mondialisation des marchés et la numérisation de l’économie.

  1. Mondialisation – À cause de la mondialisation, on peut produire à certains endroits à faible coût. De plus, ça crée une prolifération de marques, ce qui amenuise les différences distinctives des produits et fait baisser naturellement les prix.
  2. Numérisation — Avec le web et les autres TI, toute l’économie se virtualise. Ceci donne plus de choix au consommateur. Ça devient très facile de comparer des produits. Les inventaires peuvent être n’importe où. De plus en plus, le consommateur a le pouvoir de connaître, choisir et préciser ce qu’il veut. Les services en lignes peuvent d’ailleurs être adaptés facilemement à un grand nombre de personnes.

Qu’est-ce que tout ça implique? en gros, la conclusion de sa présentation est que les seules entreprises qui grandiront en santé seront celles avec un modèle d’affaire à faible coût et à grande valeur. Avant, on offrait soit quelque chose de pas cher qui ne valait pas cher, soit quelque chose de cher qui offrait une valeur importante. Aujourd’hui, les entreprises doivent tout donner pour pas cher.

Comment y arriver? C’est la question que tous les dirigeants d’entreprises se posent. Il faut travailler intelligemment pour créer de la valeur tout en réduisant les coûts. On doit tenter d’automatiser, d’optimiser les processus en ligne et hors ligne pour être le plus efficace. Il faut innover sans cesse, créer des nouvelles catégories de produits et services. Il faut faire du sur mesure pour la masse et faire participer nos clients à notre entreprise.

L’ingrédient secret des meilleurs startups canadiens

Tuesday 2 October 2007

Je viens de tomber sur l’article “Canada’s Hottest Startups” de la revue Profit. La liste des 50 entreprises de moins de 5 ans montrant la plus forte croissance du chiffre d’affaire est très diversifiée. La provenance géographique, un peu moins: 3 entreprises sur 4 sont ontariennes, 14% sont albertaines. Les autres provinces suivent loin derrière. Le classement en tant que tel est intéressant, mais pas autant que les encadrés qui présentent les résultats de sondages effectués auprès des dirigeants des entreprises.

Quelle est la clé de leur succès? Le tableau ci-dessous montre leur réponse: le personnel! Il y a toujours des humains dans la boucle, surtout s’il y a de la technologie d’impliquée. Dans tous les domaines, de la construction à la conception web ou la robotique, on manque de monde qualifié. 90% des dirigeants indiquent que leur capacité à attirer du bon personnel a été critique pour leur expansion. La même proportion affirment que de garder le bon personnel a été aussi important.

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Est-ce que ça peut être plus clair? Oui, car à la question “qu’est-ce qui a limité votre croissance?”, 70% répondent le manque de main-d’œuvre qualifiée.

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Et que font-ils pour garder les bons éléments? Les stratégies sont diverses, mais les bonus personnels semblent faire le travail.
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Mon père, qui a eu un certain succès en affaires, m’a souvent dit “le plus beau cadeau que la vie pouvait me faire, c’est de ne me donner aucun talent spécial. Ça m’a obligé à bien m’entourer.” J’avais déjà assimilé cet enseignement, mais cet article vient me rappeler à quel point il avait bien raison.

6 façons de devenir unique

Monday 1 October 2007

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[photo Ahmed Rabea sur Flickr]

Les deux dernières semaines, je travaillais sur une piste intéressante pour mes recherches. Comme ça arrive à plusieurs chercheurs, je me suis finalement rendu compte que quelqu’un d’autre avait fait pratiquement la même chose et l’avait publié l’an passé.

De la même manière, ça fait plusieurs mois qu’on se demande quelle technologie du laboratoire on devrait utiliser pour démarrer une entreprise. Souvent, nous sommes arrivés à la conclusion qu’une approche similaire existait déjà ailleurs dans le monde. Ce ne sont pas toutes les entreprises qui sont confrontées à cette problématique à cette échelle. Dans certains cas, de se distinguer localement peut être suffisant pour avoir une entreprise florissante. Cependant, pour les domaines plus pointus comme la robotique, les marchés doivent dépasser les frontières pour être viables. Il faut offrir quelque chose de différent du reste du monde. De plus, comme je le mentionnais dans l’article sur la création de produits technologique, les produits conçus pour l’exportation finissent souvent par avoir plus de succès, même au niveau local.

Comment donc faire sa place dans ce monde de recherche et développement ultra-compétitif? Je ne prétend pas avoir la réponse, car je ne réussi pas moi-même jusqu’à maintenant à trouver ma voie technologique. Cependant, j’y ai pensé pas mal récemment. Voici six pistes qu’on peut explorer à mon avis pour devenir unique au monde.

  1. Miser sur vos expertises distinctives
    Pour se différencier, il faut miser sur ses forces. Quelles sont les expertises que vous possédez qui sont les plus rares et qui ont le plus de valeur? Comment pouvez-vous amener ce savoir-faire au second niveau pour être encore plus unique? Pour qui est-ce que cette expertise a de la valeur?
  2. Connecter des domaines différents
    Ce qui peut sembler banal dans votre domaine peut être complètement exceptionnel dans un autre. Récemment, j’ai vu une application de la robotique à la transplantation de cheveux. Il ne s’agit pas d’une recherche révolutionnaire mais plutôt d’une application de plusieurs concepts de vision numérique et de manipulation d’objet. Sans être banal, l’aspect robotique n’est pas spectaculaire. Cependant, pour le chirurgien qui diminuera de moitié le temps d’opération (de 8 heures à 4 heures) et qui éliminera les problèmes de main-d’œuvre liés à des emplois routiniers et peu stimulants, l’avantage est clair. Qu’est-ce que vous êtes capable de bien faire et qui pourrait être excellent pour quelqu’un d’autre?
  3. Être attentif aux problèmes
    Parfois, on est trop fixé sur notre nombril. On se concentre tellement sur ce qu’on sait faire en essayant de trouver un problème qu’on ne voit plus rien. Il faut être attentif aux gens autour de nous. Il faut créer des opportunités pour comprendre les problèmes que les gens rencontrent et par la suite voir comment on pourrait les aider. Parfois la solution est là tout près, il faut seulement savoir écouter.
  4. Faire preuve d’humilité
    J’ai entendu à quelques reprises en entrevue Dominique Brown, le fondateur de la compagnie de jeux vidéos basée à Québec Beenox. Au départ, il voulait concevoir des jeux vidéos et était convaincu de faire mieux que tout le monde qui en faisait déjà. Il s’est vite rendu compte qu’il était bon, mais pas au point de battre des compagnies bien établies sur un terrain qu’elles dominaient. Pour percer, il a visé un marché mal servi, celui de l’adaptation de jeux existants pour différentes consoles. Après quelques succès, il avait l’expérience, les moyens et la position pour enfin concevoir ses jeux. Parfois, pour atteindre l’objectif, il faut faire un détour pour mieux se placer les pieds. Comme les Alliés, une fois que vous aurez saisi votre plage de Normandie, vous pourrez marcher plus loin.
  5. Avoir le bon timing
    La bonne idée aujourd’hui ne sera pas la bonne idée demain. Mon frère, avec Duproprio.com, était pile sur la montée d’Internet au Québec et sur une période chaude de l’immobilier dans la province. Tous les éléments étaient en place pour favoriser la progression. Il faut avoir du flair et comprendre le milieu dans lequel vous voulez évoluer. Quelles sont les tendances qui se dessinent? Comment pouvez-vous surfer une vague qui approche et gagner de la vitesse? Naturellement, ça prend aussi un peu de chance!
  6. Travailler fort
    Nous sommes 6 milliards d’humains sur la Terre. Croyez vous qu’une bonne idée facile non réalisée est monnaie courante? C’est beau la stratégie et la chance, mais il faudra certainement beaucoup de travail pour peaufiner votre vision et bien l’exécuter. Si c’était si facile, ça existerait déjà!

Le démarrage est difficile, sans moyen ni expérience. Il faut donner tout ce qu’on peut pour passer le seuil de survie et gagner un air d’aller. Si tout va bien, c’est vous qui deviendrez ensuite le “oui mais ça existe déjà” des nouveaux innovateurs, qui feront tout à leur tour pour vous déloger.

Des grands moyens pour des petites entreprises

Wednesday 26 September 2007

sme robot
[photo: SME Robot]

Est-ce que c’était plus simple autrefois de démarrer une entreprise? Vu de notre époque, on dirait que tout était à inventer dans le temps et que moins de moyens étaient nécessaires pour se lancer en affaires. Aussi, les modèles d’affaires et les technologies semblaient plus conventionnels. D’un autre côté, les avancées en informatique des dernières années ont rendu plusieurs technologies de plus en plus accessibles aux petites et moyennes entreprises (PME). Après être passé par une période où seules les grandes entreprises pouvaient se payer des logiciels et de l’automatisation performante, on vit actuellement une période de démocratisation des moyens technologiques.

Logiciels libres
Les logiciels libres, créés et mis à jour par des communautés de programmeurs bénévoles, permettent aux entreprises de développer leurs systèmes informatiques à faibles coûts. Ces logiciels sont une des causes importantes de la recrudescence des entreprises profitables sur le web. Avant la bulle de 2000, la plupart des entreprises utilisaient des logiciels aux licences dispendieuses. De nos jours, il est possible de faire mieux qu’à cette période avec des solutions gratuites. Ce que ça prend, c’est le savoir-faire pour les utiliser. Pour les PME (comme pour les grandes entreprises, les institutions gouvernementales et les laboratoires de recherche), ceci permet de faire plus avec moins.

Selon cet article, les logiciels libres présentent d’autres avantages pour les PME en plus de leur moindre coût.

  • La gestion des licences est plus simple et on dépend moins du fournisseur avec qui on doit renouveler la licence.
  • Les risques de failles de sécurité sont moins importants car il y a moins de virus conçus pour attaquer ces systèmes.
  • On peut les modifier pour les adapter à nos besoins.
  • On peut compter sur une communauté de développeurs pour mettre à jour et supporter nos efforts.

Automatisation accessible
Ces avantages sont clairs pour le logiciel, mais qu’en est-il du matériel? Est-ce que des technologies tangibles deviennent moins chères au fil du temps?

On a l’impression que les robots ne sont que pour les grandes entreprises avec des volumes de production importants. C’est de moins en moins vrai. L’image ci-dessous, tirée du rapport World Robotics 2006, présente le coût des robots industriels en fonction des années qui passent.

Robot price going down

Comme on le voit, si on considère l’amélioration des performances des robots, leur prix en 2005 est d’environ 30% du prix de 1990. Tranquillement, les robots deviennent à portée de la main des PME. Une des raisons de l’amélioration des performances des robots est la force de calcul toujours moins chère et la maturité des technologies. De plus, selon cet article de CNN sur lequel je suis tombé via Artificial Intelligence and Robotics, certains revendeurs font maintenant le commerce de robots usagers diminuant encore le prix.

Un projet open source que je trouve particulièrement intéressant est celui des fabbers, ces machines à prototypage rapide qu’on peut se construire par nous-mêmes pour ensuite “imprimer” des pièces en 3D. Une fois cette machine construite à partir des instructions disponibles en ligne, il est possible de créer des pièces en 3D pour tester des concepts mécaniques. On a une machine commerciale au laboratoire qui fait la même chose et qui a permis de valider le concept de plusieurs robots très rapidement. Si on ne veut pas prendre le temps de fabriquer notre fabber, on peut aussi commander des pièces à l’unité sur quickparts à partir des modèles 3D que vous transmettez en ligne.

Pour que la robotique devienne encore plus accessible, les composantes (capteurs, actionneurs, etc.) devront passer par une certaine standardisation. En ce moment, il y aussi plusieurs organisations qui travaillent pour imposer un système d’exploitation à ces machines. Certains sont libres, d’autres pas. Puisque la robotique sort de laboratoires universitaires fervents de l’approche open source, je pense que ce type de système d’exploitation prendra éventuellement une place importante. On peut déjà programmer un robot en utilisant plusieurs blocs distribués librement. Au fond, les robots sont des plate-formes informatiques pour lesquels des logiciels peuvent être créés afin d’effectuer une tâche particulière. La différence, c’est qu’ils peuvent agir mécaniquement sur leur environnement.

C’est bien que les robots eux-mêmes deviennent moins cher. Il restera ensuite à faciliter leur acceptation en simplifiant leur interaction avec les humains, entre autre pour leur programmation. C’est précisément un des buts de l’importante initiative européenne SME robots qui regroupe plusieurs universités et fabricants de robots. Pour la robotique en PME, le meilleur reste clairement à venir, mais il ne devrait pas tarder.

5 avantages d’être pauvre

Wednesday 19 September 2007

mains robotiques MARS et Intel
[Deux mains robotiques conçues pour prendre des objets de formes diverses. Celle de gauche (SARAH) a son intelligence dans la mécanique, celle de droite (Intel) utilise des capteurs de proximité]

Être vraiment pauvre, ça n’a rien de bon. C’est pour ça qu’il faut supporter des organisations comme Ingénieurs sans Frontières qui aident des gens à améliorer eux-mêmes leur sort. Dans cet article, par pauvre, j’entends avoir un petit budget pour réaliser ce qu’on a à faire. Ça peut être développer un produit ou une technologie en laboratoire.

Je parle de ça parce que cette semaine, je suis tombé une fois de plus sur une technologie très coûteuse qui ne semble pas présenter des avantages à la mesure de sa complexité. Je parle de la main robotique développée par Intel qui est capable de sentir la proximité d’un objet. Les capteurs utilisent un champ magnétique qui se modifie à l’approche d’un objet conducteur comme du métal ou un matériau contenant de l’eau. Les capteurs sont donc limités à certains matériaux. De plus, il y a beaucoup de calculs derrières pour analyser la forme de l’objet et adapter la prise en conséquence. Pourquoi à la place ne pas utiliser une main construites de telle façon que sa mécanique s’adapte automatiquement à la forme de l’objet, d’autant plus que cette technologie existe depuis plus de 10 ans? C’est un peu la réaction de Lionel Birglen, ancien collègue et spécialiste des mains robotiques aujourd’hui professeur à la Polytechnique de Montréal, lorsque je lui ai envoyé le lien à propos de la main Intel. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres en robotique. On a souvent tendance à négliger les aspects mécaniques en se disant que les capteurs et le contrôle régleront tout.

Quand c’est simple, c’est tellement beau. C’est justement la première de mes cinq raisons pourquoi il peut être avantageux d’avoir un petit budget pour développer de la technologie:

  1. Parce que ça vous pousse à vous creuser la tête
    C’est l’avantage principal que je vois aux petits budgets. Avec de l’argent, on opte presque automatiquement vers la solution facile: construire sur les dernières technologies coûteuses et complexes, mais supposément supérieures. Qui dit complexité dit habituellement boîte noire et manque de fiabilité. D’avoir un budget restreint, ça nous pousse d’abord à mieux comprendre le problème pour trouver dans quel sens l’aborder. On essaie de trouver l’astuce pour arriver à une solution élégante avec les moyens qu’on a. C’est fou parfois ce qu’un idée peut valoir.
  2. Parce que vous n’avez rien (ou presque) à perdre et tout à gagner
    Même si vous avez un budget astronomique, il vient de quelque part. Et personne n’aime perdre des grosses sommes d’argent. Ainsi, si vous avez accès à un gros budget, vous avez les attentes qui viennent avec. Une grosse enveloppe qui produit un résultat moyen est très décevant. Un petit budget qui donne quelque chose de bien est une agréable surprise. Et tel que mentionné précédemment, il vaut mieux dépasser les attentes que de faire des promesses qu’on ne peut remplir.
  3. Parce que vous êtes en mode furtif
    Les grandes organisations, entreprises ou universités, sont sous les projecteurs. Ça donne plus de visibilité à leurs réalisations mais aussi à leurs projets qu’ils aimeraient garder secrets. Si vous avez un petit budget, vous êtes probablement en mode garage à travailler tranquillement sur vos trucs sans vous faire espionner.
  4. Parce que ça teste les équipes
    “Devant l’adversité, les coudes se soudent,” rapait un idole de jeunesse. Un petit financement amènera inévitablement son lot de tuiles sur la têtes et de défis techniques frustrants. Si votre petite équipe réussit à passer au travers, elle n’en ressortira que plus forte. Sinon, ça vous aura permis de vous connaître plus sérieusement.
  5. Parce que ça vous oblige à garder les pieds sur terre
    Combien de startups ont amassé des millions en financement parce qu’ils ont de bonnes idées, même s’ils n’ont aucun modèle d’affaire clair? À l’inverse, une entreprise qui doit se débrouiller pour survivre devra trouver une façon de monnayer son expertise. Elle devra s’ajuster en cours de route pour être viable fondamentalement.

À mon avis, ce n’est donc pas surprenant si plusieurs succès de développement technologique sont le fruit de petites équipes dévouées soumises à ces contraintes. Dans ce cas comme dans d’autres, Small is Beautiful.