Archive pour la catégorie 'Environnement'

Habitat 07: maison éco-énergétique

Tuesday 20 February 2007

maison écoénergétique
(Image: Télé-Québec)

Ce matin, ma douche était toujours aussi confortable que celle que j’ai prise hier. Mais aujourd’hui encore plus qu’hier, j’ai fini par me dire “OK, il faut pas trop que je prenne d’eau chaude”, sachant très bien que le précieux liquide ira se refroidir immédiatement dans les tuyaux hors de la maison. Et si, comme dans Habitat 07, j’avais un compteur d’eau pour m’indiquer la quantité que j’utilise, probablement que la décision de sortir de la douche viendrait encore plus tôt.

D’ailleurs, en moyenne 25% de l’énergie consommée dans une foyer sert à chauffer l’eau, et un autre 50% sert à chauffer l’intérieur. C’est une des nombreuses informations sur l’efficacité énergétique des bâtiments que j’ai apprises lors de la présentation que Francis Pronovost donnait hier matin à une classe de design thermique. Il est en ce moment à la maîtrise en génie électrique à l’Université Laval, et un des participants à l’émission “Habitat 07: Les compagnons du rebus global“, présentée cette saison à Télé-Québec le lundi à 20h et en reprise plusieurs fois durant la semaine.

Ne captant que très mal cette station grâce à mes oreilles de lapin, je l’ai écouté avec grande attention nous présenter la maison éco-énergétique qu’il a construit à Baie-St-Paul avec les autres Compagnons de la télé-réalité (Est-ce la première émission verte du genre?). Son rôle au sein de l’équipe: spécialiste de l’énergie. Il devait user d’ingéniosité pour munir la maison de technologies efficaces et peu couteuses afin de l’alimenter le plus proprement possible. Évidemment, son approche était intégrée au reste de la démarche: L’orientation de la maison, les matériaux et les méthodes de constructions ont tous été pensés pour donner un chance à Francis dans sa mission.

Les matériaux
Les matériaux locaux et récupérés ont été préconisés. Leur choix a été fait en considérant leur cout, leur énergie intrinsèque (nécessaire pour produire le matériau), leur énergie récurrente (pour l’entretenir), ainsi que le bilan d’émission de CO2 du matériau. Le bois occupe une place importante dans la construction. Fait curieux à prime abord, son bilan d’émission de CO2 est négatif! En effet, les arbres accumulent du carbone au fil de leur croissance. En installant un arbre mature sous forme de madriers dans une maison, on séquestre le CO2, on l’emprisonne. Ainsi, le carbone n’est pas libéré dans l’atmosphère lorsque l’arbre meurt et se désintègre.

L’architecture
Une considération de base, mais qui peut faire une grande différence: fenêtres au sud, et mur bien isolé au nord. Des panneaux solaires servent de casquette et empêchent le soleil de pénétrer la maison l’été lorsqu’il est haut. Les marches de l’escalier laissent circuler l’air pour uniformiser le chauffage à la biomasse.

L’isolation
La maison est sur pilotis puisque dans une zone classée inondable. Le dessous du plancher de béton est isolé avec de la laine de mouton, dont les producteurs de Charlevoix sont apparemment heureux de se débarrasser, faute de débouchés. Le mur au nord est très épais et isolé à l’extérieur par des ballots de pailles, recouverts à l’intérieur de crépis d’argile, un autre matériau mal-aimé mais accessible. Les autres murs utilisent des couvertures de coton recyclés.

Gestion des eaux
Le mot d’ordre dans ce domaine était d’éviter les surfaces imperméables. Ainsi, un toit vert contribue à diminuer l’eau de ruissèlement. L’eau des gouttières est tout de même récupérée pour alimenter le jardinage, la douche et le lavage. Les murs extérieurs sont en bois. Les eaux usées sont purifiées par un marais filtrant de conception québécoise.

Sources d’énergies
Francis admet que certaines décisions de sources d’énergie ont été faites pour leur aspect démonstratif. C’est le cas de l’éolienne et des panneaux solaires, qui sont très peux efficaces par rapport à leur cout. Mais après tout, ça reste une émission de télé! Il affirme par contre qu’au Québec, l’énergie du soleil est beaucoup plus efficacement transférée en chaleur qu’en électricité. Ainsi, des tubes sous vide se trouvent aussi sur le toit pour contribuer à chauffer l’eau. La maison est la première de la province à avoir été connectée à Hydro-Québec via leur programme pour les auto-producteurs mesurage net. Cette initiative vous permet de produire de l’énergie propre chez vous, d’avoir la possibilité de faire tourner votre compteur d’Hydro dans les deux sens selon que vous produisiez plus ou mois d’électricité que vous n’en utilisiez à un moment donné.

Le seul choix dans la maisons que je remettrais en question est celui d’utiliser un foyer de masse comme principale source de chauffage. Bien qu’il soit 5 fois plus efficace qu’un poêle à combustion lente, on apprenait dans le guide “Sauvons la planète” du magazine “La Semaine” qu’un poêle au bois pollue autant en 9 heures d’utilisation qu’une voiture pendant un an… J’imagine que le budget a quelque chose à voir dans ce choix.

Pour une visite complète de la maison, avec photos à l’appui et noms des fournisseurs des différentes composantes, je vous invite à consulter le guide de visite d’Habitat 07. L’impact Campus avait couvert l’évènement de la remise de la maison au maire de Baie-St-Paul en septembre dernier. Gageons, et espérons, que cette maison ingénieusement symbolique fera des petits!

David Suzuki de passage à Québec

Tuesday 6 February 2007

Qu’est-ce que David Suzuki ferait s’il était premier ministre? Beaucoup pour l’environnement, c’est certain. Qu’est-ce que vous feriez si vous l’étiez? C’est ce que David Suzuki veut savoir en allant à la rencontre d’une cinquantaine de communautés à travers le pays dans le cadre de sa tournée “Si vous étiez premier ministre“.

Il était de passage à l’Université Laval hier soir en collaboration avec Équiterre pour sensibiliser une foule déjà convertie à sa cause. En fait, c’est la première fois que j’assistais à une ovation debout… avant la prestation. Il n’y a que le monsieur bien fringué à ma droite qui ne s’est pas levé. D’ailleurs, il a quitté la salle à la moitié de la présentation. Les coquines blagues sur le parti conservateur étaient fréquentes et faciles. Bien que ces farces soient méritées, si je n’avais qu’une chose à déplorer de ce genre de présentation et que je voulais vraiment faire l’avocat du Harper, c’est que c’est plus un pep talk que de l’éducation. À voir la foule majoritairement composée d’étudiants, je suis pas mal certain que M. Suzuki n’a pas appris tant de choses que ça à son auditoire. Il a plutôt consolider leur position pro-environnement et leur a donné une bonne dose de motivation, ce qui est déjà très bon.

Mais est-ce suffisant, ou plutôt, est-ce la bonne stratégie? C’est que, comme le mentionnent M. Suzuki et l’ancienne commissaire à l’environnement, les principaux responsables des problèmes environnementaux n’étaient pas dans la salle: 50% des émissions de gaz à effet de serre sont émis par l’industrie. M. Suzuki aurait-il donc plus d’impact à faire une tournée des chambres de commerce? Il pourrait leur expliquer ce qu’il nous a transmis avec conviction, que contrairement à ce que de nombreux dirigeants croient, on n’a pas les moyens de ne PAS combattre les problèmes environnementaux? Il a rappelé les chiffres du rapport de l’économiste Nicholas Stern que j’ai cité à quelques reprises dans des articles précédents. Ce rapport explique qu’il est rentable pour les compagnies de s’adresser aux problèmes environnementaux, et que leur survie même en dépendra éventuellement.

Je pose la question sur sa stratégie mais il y a répondu durant la présentation. En 2003, il a publié le livre Good News for a Change, dans lequel il présente plusieurs exemples de gestes concrets que les gens prennent au quotidien et dans leurs entreprises pour aider notre sort. Il en a envoyé une copie à tous les membres de la chambre des communes et aux directeurs généraux des 100 plus importantes compagnies au pays. Le livre était accompagné d’une lettre disant “Je ne veux pas de réponse de politesse à cet envoi. Je veux que vous lisiez ce livre, et que si il vous influence à agir concrètement en faveur de l’environnement, alors répondez-moi pour me le dire.” Il ne nous a pas dit combien de réponse il a eu pour ne pas nous décourager.

C’est peut-être ce qui explique qu’il fasse une tournée de sensibilisation en terre fertile plutôt qu’une d’évangélisation en terrain sauvage. Et M. Suzuki est un communicateur hors paire. Il a apporté son sujet en nous ramenant il y a 150 000 ans dans les plaines pour qu’on s’imagine ce que nos ancêtres avaient l’air sur leurs deux pattes au milieu des tigres à dents de sabre et des mammouths. Comment on a fait pour survivre dans cet environnement si hostile? À cause “de l’organe de 2kg qu’on a dans le crâne” nous rappelle Suzuki, “qui nous a donné l’avantage immense de pouvoir considérer l’avenir”. Pour la première fois, une bibitte pouvait anticiper et faire des choix complexes en fonction des ses nombreux souvenirs. Il nous demandait donc comment on a tourné le dos à cette capacité de prévoyance alors que c’est grâce à elle qu’on a pu maitriser les éléments?

Les scientifiques s’entendent à dire qu’à 90% de certitude, nous sommes la cause du réchauffement de la planète et que ce réchauffement perturbe un équilibre fragile qui peut mener à notre perte. 90%! M. Suzuki s’exclame qu’on se paie les yeux fermés des assurances vie, des assurances auto, maison, une défense nationale… en prévision de quoi? De pleins d’évènements beaucoup moins probables que 90%. Comment on en est arrivé là? La réponse se trouve dans la grande sagesse du sport professionnel. Je propose à M. Suzuki qu’il regarde les games à CBC le samedi vers la fin de la saison pour se rendre compte que les joueurs patinent pas mal plus qu’en début de saison, et qu’ils patinent encore plus en 3e quand le pointage est nul. Les humains, nous nous activons quand ça chauffe. Et ça commence à chauffer suffisamment pour que la population se mobilise et que les politiciens verdissent leurs programmes afin de gagner leurs élections.

Et la photo de l’autobus pleine de calcium? C’est la seule photo que j’ai pu prendre car on n’avait pas le droit aux appareils photo dans la salle. C’était quand même paradoxal de voir le véhicule arrêté avec le moteur allumé de 18h00 (quand je suis allé acheter mon billet) à 19h30(quand je suis entré dans la salle) et jusqu’à 20h40 (quand je suis sorti de la salle). Mais il doit y avoir une bonne raison à ça parce que je suis certain que le gars sur l’autobus est conséquent avec ce qu’il dit. Comme quoi malgré tout ça, on peut encore avoir des -20 Celcius durant le Carnaval à Québec.

Prenez le Défi Nature de David Suzuki.

Verts comme des 20$

Tuesday 30 January 2007

Possédant à la fois les fibres écologique et entrepreneuriale, j’ai horreur des débats mettant en opposition l’environnement et l’économie. Les deux peuvent, et même devront aller de paire dans les années à venir. C’est la conclusion de certaines études, du passionnant livre “Cradle to Cradle” et du dossier de la revue Business 2.0 janvier-février 2007 “Go Green, Get Rich“.

Dans ce dossier, 9 problèmes environnementaux importants sont exposés, ainsi que les compagnies qui offrent des solutions. L’une d’elle est Sun Ovens International, qui produit des fours solaires pour réduire l’utilisation de four au bois dans les pays en développement (photo). La lumière du soleil est concentrée à l’aide de miroir sur une boite isolée, qui se réchauffe rapidement.

Aussi dans cette édition du magazine, 8 technologies pour sauver la planète sont présentées. Parmi celles-ci est le sous-marin autonome Starbug capable d’effectuer de la collecte de données pour la recherche sur les océans.

En environnement, le Canada ne sait pas où il va.

Monday 15 January 2007

C’est la conclusion qui saute aux yeux après avoir assisté à la conférence que Johanne Gélinas (photo… qui ne lui rend pas justice à mon avis, je ne l’aurais même pas reconnue) a présenté à l’Université Laval le 15 janvier. Mme Gélinas est commissaire à l’environnement et au développement durable. Elle présentait lors de ce midi conférence organisé par l’Ihqeds un résumé de son rapport 2006.

En gros, elle fait le même travail que la vérificatrice générale, appliqué à l’environnement. Elle vérifie le travail du fédéral en regard de ses engagements dans ce domaine. Elle dépose son rapport au parlement et le gouvernement doit y répondre. De son propre avoeu, “[Son] seul pouvoir est de pouvoir embarasser le gouvernement”. Son rapport porte sur la performance du Canada dans son objectif de réduction des gaz à effet de serre (GES).

Pour résumé son propos, il est totalement irréaliste de penser qu’on puisse atteindre nos objectifs de Kyoto. Voici quelques raisons de ce triste état de fait:

  • Très peu de systèmes sont en place pour mesurer les dépenses et les résultats des mesures du gouvernement en matière de réduction des GES.
  • 78% des émissions proviennent du secteur automobile et des industries alors qu’aucun plan sérieux ne s’y adresse.
    • Aucun information sur les résultats de l’entente volontaire entre le gouvernement et l’industrie automobile n’est disponible aux Canadiens.
    • Le système d’échange de crédits de GES est la pierre angulaire du programme du gouvernement pour les grandes industries. Or, ce programme est en retard et extrêment compliqué (il ne pourra même pas s’harmoniser avec le système européen).
  • Les décideurs sont très mal informés de la réalité des changements climatiques.
  • Plusieurs programmes du gouvernement (e.g. Énerguide), quoique peu significatifs par rapport aux secteurs mentionnés précédemment, ont été annulés.

Le problème des GES touche plusieurs ministères. Le ministre de l’environnement est responsable du plan mais n’a aucun pouvoir sur les autres. Selon Mme Gélinas, c’est un problème généralisé au gouvernement. Tout ce qui touche à plusieurs ministères, ce qu’ils qualifient de problématique horizontales dans le jargon des fonctionnaires, avance à pas de tortue. Pour que ce genre de projet progresse, ça prend un fort leadership en haut de la pyramide organisationnelle. Donc lorsque les environnementalistes ont affirmés que le récent changement de ministre de l’environnement au fédéral n’était que cosmétique, ils avaient probablement raisons.

Dans le même ordre d’idées, un problème majeur de l’approche du gouvernement face au GES est que les enjeux énergétiques ne sont pas intégrés aux politiques de développement durable. Ainsi, le peu d’amélioration qu’on pourrait aller chercher avec les quelques programmes restants sera vraissemblablement annulé par les effets de l’extraction des sables bitumineux… Finalement, peut-être que le gouvernement sait vraiment où il s’en va avec ça… Dans ce cas on pourrait suggérer à Stephen quelques lectures qui lui parleront plus, lui qui est économiste de formation.

À mon avis, un autre problème du combat contre le réchauffement de la planète au Canada, c’est qu’ici, il fait frette. Vous vous rappelez des pluis acides? Ça ça faisait peur, de l’acide! Le réchauffement ? Bof, se promener en t-shirt quelques semaines de plus par année… Je propose donc qu’on trouve un nouveau nom plus évocateur pour aggraver l’image du réchauffement de la planète et le rapprocher du quotidien des gens. Le réchauffement de la planète a besoin d’un nouveau branding, voilà. Avis aux publicitaires intéressés, c’est peut-être vous qui avez la clé pour régler le plus important défi actuel de l’humanité.