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Archive pour la catégorie ‘Philosophie’

Êtes-vous aussi saturés que moi? Parfois je me sens inondé par tout ce qui m’entoure. Voici pourquoi à mon avis on vit à l’époque du “trop”, et qu’est ce que ça implique si comme moi vous travaillez à rajouter des produits dans un monde où il y en a déjà trop.

  • Trop d’information
    À partir du moment où je me lève et jusqu’au moment où je me couche, je peux m’abreuver sans cesse d’information: télé devant mon bol de céréal, radio dans l’auto, Internet le midi en mangeant et on fait le chemin inverse jusqu’au dodo. Un des plus gros défis, autant personnellement que pour les organisations, est de gérer la quantité d’information qui peut être utile et qui croit exponentiellement. On vit dans dans un chaudron de soupe d’information qui déborde et qui bouillonne. L’information est une commidité: ça ne coûte plus rien de prendre 2000 photos ou de remplir des pages de documents. Nos ordinateurs permettre de l’accumuler. Contrairement à nos cerveaux, ils ne font pas nécessairement le tri entre ce qui est utile ou pas. Ça a l’avantage et l’inconvénient de tout pouvoir conserver. Il faut fair de la veille d’information, l’archiver, se créer des automatismes pour être capable de la retrouver plus tard.
  • Trop de pub
    S’il y a trop d’information, que penser de tous ces messages qui contiennent de l’information à laquelle on n’est même pas intéressé et qui nous saute en pleine face? La boucle de feedback nous sile les oreilles comme dans un test de son: il y a plus en plus de pub, donc elle fonctionne moins bien, donc on fait plus de pub pour compenser, qui la rend encore moins efficace… Toute cette volonté de nous stimuler finit par tapper sur les nerfs. Comme plusieurs j’en suis certain, je zap automatique à l’arrivée d’une pub, peu importe le média.
    C’est pour cette raison qu’il faut utiliser tous les nouveaux outils pour rétablir la communication avec nos partenaires d’affaires et clients potentiels. Au fond, il s’agit de relations, comme bien d’autres.
  • Trop d’opinion
    Je viens de lire un autre bon article de Paul Graham, qui estime que si les débats politiques et religieux partent en couille, c’est que tout le monde peut se faire une opinion de ces questions sans en être un expert. Il dit qu’on prend ça à coeur parce que ces idées font parties de notre identité et qu’on n’a incidemment pas le choix d’être partisan. Et bien c’est peut-être que les gens aiment la pensée en kit (”je suis de gauche”, “je suis de droite”) et qu’on valorise l’expression personnelle, mais je trouve que beaucoup se permettent une opinion sur n’importe quoi, sans nécessairement savoir de quoi ils parlent. Comme le monde est de plus en plus complexe et rapide, on devrait se garder une petite gêne et accepter de ne pas se prononcer sur tout.
  • Trop de gadgets
    J’entretiens une relation d’amour/haine avec la technologie. Autant je me passionne pour les applications astucieuses, autant je suis allergique à une technologie qui fonctionne mal. Ce n’est pas parce qu’on peut faire quelque chose techniquement qu’on se doit de le faire.

    Les automobiles sont un des pires exemples à ce niveau. Je ne veux pas autant d’électronique dans ma voiture car elle ne me procure presqu’aucune satisfaction et qu’elle provoque une grande frustration lorsqu’elle met ma batterie à terre par une nuit à -30C. Non, je ne veux pas de coffre à gant qui refroidit mes boissons. Plus de bébelles = plus de risque de bris, donc plus de risque d’irritation. Des exemples similaires se retrouvent par centaines dans le monde du logiciel. Plus il y a de gadgets et de fonctionnlités mal intégrées, moins on a confiance envers la machine.

Comment faire donc, pour participer au monde sans en rajouter sur le tas? En tant qu’entreprise, on fait comme Google, Apple avec le iPhone ou 37signals: on encapsule la complexité dans une interface simple d’utilisation, qui répond à un besoin réel. Les gens y touchent, comprennent comment utiliser et ressentent une satisfaction intantannée. On augmente leur bonheur et réduit leur niveau de stress. Ils nous aiment et tout le monde est content.

Et au niveau personnel? De mon côté je me rabat sur des plaisirs les plus simples et dénudés de complexité: sport, famille, amis, aller dans le bois. Pourquoi la nature est si complexe mais qu’elle ne nous stresse pas comme la complexité fabriquée par les hommes?

[image: cobalt123 sur Flickr]

Plusieurs trouvent que le monde est de plus en plus débile. Moi je trouve que notre époque est le retour à la normale, je l’aime bien.

  • Retour des relations - Après des années de communications à travers de grands canaux difficilement accessibles, on arrive à un point où tous les secteurs de l’information se démocratisent: vidéo, écrit, musique… On ne parle plus de batch, on parle de personnalisation, de groupes d’intérêts, de relations humaines. Mêmes les bonnes compagnies recommencent à parler directement avec leurs clients. Après l’époque frustrante de la boite vocale, on redécouvre le plaisir d’interagir avec un humain compétent.
  • Fin de la bullshit - Terminée la publicité à la Willy-waller. On ne les croyait plus depuis tellement longtemps, ceux qui essayaient de nous enfoncer des produits dans le gosier. Les gens veulent du vrai, du simple, point. C’est valide pour les produits, et ce l’est aussi pour les individus.
  • Désagrégation des codes inutiles - Ça fait dresser le poil de certains aînés plus traditionnels: Moins  d’étiquette, de code vestimentaire, etc. Je crois bien sûr à la politesse car c’est une question de respect. Mais j’ai toujours trouvé ridicule tous ces codes d’étiquette complètement arbitraires qui datent du Moyen-Âge et qui ne font que fausser les rapports dans des situations guindées. Un humain est un humain, peu importe son statut. Et à part de ça, une cravate, ça m’empêche de bien respirer et ça nuit à l’alimentation sanguine de mon cerveau.
  • Situations non viables. J’ai toujours rêvé de voir un avocat crier “objection!” à propos de la loi de la gravité alors qu’il tombe sur le derrière sur une plaque de glace. Ce que je veux dire, c’est que les lois humaines, qu’elles soient d’ordre légal ou économique, doivent respecter les lois de la nature. Une des conclusions du rapport sur le grand black-out de 2003: la cause était une suite de décisions douteuses faisant fi des avis techniques, ne se souciant que de données financières à court terme. Lorsque les lois de l’économie et celles de la physique sont face à face, c’est toujours la physique qui gagne. Particulièrement avec le débat sur l’environnement, on sent une réelle volonté de se réinsérer aux cycles naturels de la planète. On réalise qu’on a pas le choix.

Vous vous doutez de ce qui m’a inspiré cet article. J’avais déjà expliqué pourquoi à mon avis les jeunes sont capables de grandes choses et aussi exprimé ma fascination pour le cycle des générations. Hier, j’étais ému d’entendre les témoignages des noirs qui étaient envahis d’une bouffée de confiance et de fierté. Ce qui m’a touché plus personnellement, c’est l’aspect générationnel de l’élection américaine. Quand je suis allé coucher mon fils alors qu’Obama était en avance, j’avais en tête “mon gars, c’est à notre tour”. C’est à notre génération, avec notre savoir-faire et nos valeurs, de prendre le flambeau et de faire quelque chose de beau. Aujourd’hui, il sourit de ses trois dents le plus sincèrement du monde en toute insouciance. C’est le moment de travailler pour que son sourire continue d’illuminer son visage même quand il réalisera que la vie n’est pas rose, parce qu’on aura été dans la bonne direction depuis au moins un petit moment.

[photo: Wired campus via Engadget]

hubert reeves

Durant les quelques jours de vacances cet été, j’ai renoué avec un vrai plaisir: lire un livre. Pas une revue, un journal ou un blog qu’on lit pour se tenir au courant: un livre. Quelque chose de vraiment dense et nourrissant pour la tête. (D’ailleurs j’ai fait un bon ménage de mes fils RSS au retour…) Il s’agissait des mémoires de Hubert Reeves intitulées comme la chanson “Je n’aurai pas le temps“.

Il s’agit en fait de plusieurs livres en un. L’auteur part de son enfance dans un Québec religieux et des expériences qui l’ont incité à s’intéresser aux sciences. Puis il décrit son cheminement à l’université et dans sa vie de chercheur. J’ai particulièrement aimé le récit de son séjour en URSS où on plonge d’un coup dans une ambiance de roman d’espionnage. Vers la fin, ça se transforme en une suite d’essais. Il présente le guide de survie du chercheur, qui jette un regard éclairé sur ce monde unique et plutôt incompris. Il termine avec sa nouvelle vocation, celle de préserver la diversité de la vie sur notre planète. La citation qui m’a fait le plus de bien dans le livre est certainement:

“Nous avons trop peu de temps pour le gaspiller à nous presser!”

Il la doit à un de ses professeurs du Collège Brébeuf. Si elle résonne autant, c’est que j’étais précisément en réflexion sur cette question. On souffre tous de manque de temps chronique. Il faut se faire à l’idée: nous n’aurons pas le temps nous non-plus. Pas le temps d’apprendre tout ce qu’on veut apprendre, pas le temps de jouer assez dehors avec notre famille, pas le temps de monter tous les projets que l’on souhaiterait… Une fois que l’on a accepté ça avec sérénité, il nous reste à choisir avec soins ce qu’on fait en priorité, et ne pas gaspiller le précieux temps à nous presser.

[Photo: Benoît Derrier sur Flickr]

 

potato-couch

 

En viellissant, on a tendance à devenir pantouflard. On ne veut plus se casser la tête, on ne veux plus avoir froid, on veux rester à la maison, on ne veut plus se faire suer, on ne veux plus forcer, on demande à notre blonde où sont nos souliers au lieu de s’efforcer à les chercher. Bref, on s’enfonce bien profondément dans notre zone de confort. Et ça, il n’y a rien de pire à mon avis pour arrêter d’avancer. Voici donc 4 raisons pourquoi on doit sortir de notre zone de confort à mon avis.

  1. Pour votre cerveau.
    Pour cet organe qu’on utilise à tous les instants de notre vie, l’adage “use it or lose it” s’applique. À vouloir ne plus se casser la tête, on finit par la rendre amorphe. On perd la mémoire et la vivacité d’esprit. Ensuite, tout déboule. Le cerveau, ça se garde en forme, mais il faut éviter la paresse intellectuelle. Il faut apprendre de nouvelles choses constamment.
  2. Pour votre santé mentale.
    Il n’y a rien de pire que la routine pour l’humeur, le couple et tout le reste. À faire toujours la même chose, on finit par se sentir à moitié endormi, on voit tout terne. De sortir de notre zone de confort nous permet de se faire réveiller un peu.
  3. Pour la santé physique.
    Oui on est bien sur un divan. Mais on est encore mieux sur un divan après une sortie sur deux roues ou à la course. Mon parrain me citait Voltaire l’autre jour qui disait “Quand le corps est fort, il est obéit. Quand il est faible, il commande.” C’est tellement vrai.
  4. Pour se sentir en vie.
    On n’est sensible qu’aux contrastes, on s’habitue à tout. De là découle notre grande capacité à s’adapter, mais aussi notre malheur de toujours vouloir autre chose. Ce n’est pas la vitesse qui est excitante, mais surtout l’accélération. Quand on sort de notre zone de confort, on se fait brasser, on vit des stress, des gros hauts et des gros bas mais au moins, on se sent en vie. Parfois je regarde les vaches dans le champs avec un peu d’envie pour leur quiétude, mais il faut se raviser. En tant qu’humain on est infiniment chanceux d’avoir tant de potentiel, il faut l’utiliser!

C’est étrange comme contraste: Plus on fait d’efforts dans la vie, plus elle devient facile. J’avais déjà lu dans une pub que “la vie commence à la limite de notre zone de confort.” Il faut se donner la peine de s’y aventurer pour se rendre compte de ce que ça peut nous apporter à tous points de vue.

[Photo: Emily Michelle sur flickr]

Voir de ses yeux

31.03.2008

premier regard

Ma blonde a accouché la semaine dernière de notre premier fils. Expérience intense s’il en est une, c’est une source incroyable d’énergie et de bonheur. Il s’agit de ce genre d’événement où on entre dans un autre mode, où tout nous semble irréel. Pourtant, il n’y a rien de plus vrai. Tellement que pour moi, ce passage représente une occasion de me poser des questions sur la nature même de la réalité.

La réalité, on la perçoit à travers nos sens. Et il n’y a rien comme vivre quelque chose pour vrai: de voir avec nos yeux et de percevoir avec tous nos autres sens. Avez-vous déjà observé la lune dans un télescope? Ce n’est pas nécessaire d’en avoir un très puissant. Aucune photo de la NASA haute résolution ne peut vous préparer à ça. Quand on l’observe directement, on a vraiment cette perception d’une boule dans le vide qui se déplace à grande vitesse. De la même manière, il n’y a aucun papier glacé qui peut vous préparer à ressentir une vraie beauté féminine à vos côtés en chaire et en os. Pour la naissance d’un enfant, c’est la même chose. Aucun vidéo ou récit d’un proche ne peut équivaloir l’expérience, qui est à des miles de ce qu’on peut imaginer.

À mesure qu’on quitte la jeunesse, on devient moins sensible à la réalité. En vieillissant, je me demande si c’est moi qui est plus usé en ayant plus vécu, où si ce sont mes capteurs qui perdent en sensibilité. La réponse est probablement les deux. Le monde dans lequel on vit est fondamentalement spectaculaire. De pouvoir faire cette constatation est ma plus belle récompense d’avoir étudié la physique. Comment ce fait-il que les lois de la nature existe? Pourquoi peuvent-elles être décrites par des expressions mathématiques? Pourquoi l’évolution donne des systèmes de plus en plus complexes dont l’humain est le summum connu alors que la nature tend naturellement vers le désordre? Ce sont tant de questions qui éveillent ma spiritualité.

Malheureusement, on finit par s’habituer à tout, même ce qu’on trouvait de plus beau. Il faut refaire une prise de conscience périodiquement pour se rappeler de s’émerveiller. Idéalement, on devrait être assez sensible à notre routine pour en sortir volontairement avant que des événements tragiques ne le fassent à notre place des années trop tard. Combien de gens subissent des accidents à un certain moment de leur vie qui leur font réaliser qu’ils ne sont pas éternels et que précieuses années viennent de s’écouler sans même qu’ils ne s’en rendent compte.

En bon technologue, ça m’amène aussi à me questionner sur les limites de la réalité virtuelle. Est-ce possible de modéliser un monde qui nous semble parfaitement réel? Il s’agit d’un Saint Graal qu’on poursuivra sans probablement jamais l’atteindre. C’est comme dans tout, plus on s’approche de la perfection, plus les derniers détails sont difficiles à obtenir. Parlez-en aux sprinters qui veulent aller chercher le centième de seconde, ou aux roboticiens qui veulent traverser la vallée de l’étrange pour faire des robots qui ont vraiment l’air humain. Et ce n’est pas tout de modéliser, il faut ensuite le rendre par différents médias qui stimulent nos sens. Pour la vision et l’ouïe, c’est encore envisageable. Pour le toucher, le goût et l’odorat, c’est une autre histoire. Cette limitation sera éliminée le jour où on court-circuitera les sens à-la-Matrice pour envoyer l’information directement au cerveau. Mais pour l’instant, vive la réalité, dans tout son éclat.

young and old

Quand j’étais au secondaire, j’avais l’impression que la vie s’arrêtait à 20 ans. Dans mon esprit, tout cessait d’évoluer à partir de ce moment: nos performances sportives, nos vies sociales, nos passions, etc. Je ne sais pas trop pourquoi je pensais comme ça. En vieillissant, je me rend compte que chaque nouvelle étape de la vie nous apporte quelque chose d’inattendu et de merveilleux. On approfondit nos passions pour en faire une expertise, un gagne-pain. Oui, on est moins casse-cou dans les sports, mais notre cardio et la compréhension de notre corps continue de s’améliorer. Bref, on continue d’avancer.

Mais je me rend aussi compte que mon impression qu’on perdait quelque chose en vieillissant était fondée. L’évolution des sociétés me fait halluciner. Nos parents et nos ancêtres ont travaillé comme des forcenés pour nous offrir une meilleure situation que la leur. On ne pourrait pas continuer de bâtir comme eux, rajouter un petit incrément tranquillement? Non, quand on est jeune, on s’efforce de tout détruire pour tout reconstruire. C’est surtout apparent dans la culture. Chaque génération rejette l’œuvre, les modes de la précédente.

Dans l’évolution animale, des mutations surviennent dans les gênes pour s’assurer qu’on ne demeure pas pris dans un optimum local. Dans l’évolution des sociétés, la mutation, c’est la jeunesse. C’est elle qui, à chaque génération, doit essayer de nouvelles choses pour voir les résultats. En bout de ligne, on finit par comprendre bien des choses que nos parents nous auront dites. Mais il restera quelques nouveautés qui feront avancer la société à cette époque… et que les prochaines jeunesses sauront remettre en question bien assez tôt.

Qu’est-ce que la jeunesse a de plus que la sagesse? Énergie et sensibilité. Qu’est-ce qui arrive à un système physique contenant beaucoup d’énergie et qui est très sensible? C’est instable, ça pète de partout! Mais si vous êtes capable de canaliser cette énergie, vous avez un système très performant. En vieillissant donc, notre intellect devient un système moins performant, mais plus robuste. Pas étonnant que la jeunesse soit capable des plus grandes choses et qu’en vieillissant, on ne soit plus capable de répéter nos exploits antérieurs. Prenons trois sphères de la société: art, science et économie.

  • Musique
    Il n’y a rien de plus triste qu’un groupe culte de votre jeunesse qui vous déçoit avec son nouvel album, terne et blasé. L’art vient des tripes. Souvent, des créateurs s’inspireront de situations qui les touchent intensément. Les premiers succès artistiques vont souvent les sortir de ces situations, étouffant leur inspiration. Dans leur cas plus que n’importe qui d’autre, ce qui les nourrit les détruit.
  • Recherche
    Vous vous dites que la recherche scientifique, qui demande une rigueur intellectuelle, est mieux effectuée par des gens d’expérience? Détrompez-vous. La recherche est une activité beaucoup plus créative qu’on ne pourrait le penser. Vous êtes sans cesse confronté à des problèmes que vous devez régler en utilisant un savoir, certes, mais aussi une intuition et votre imagination. La plupart des chercheurs vont faire leurs découvertes les plus marquantes au début de leur carrière. L’exemple le plus éloquent est peut-être celui d’Einstein, qui a connu son année de miracle dans la vingtaine. Par la suite il a eu la reconnaissance, mais ses principales contributions étaient faites. En vieillissant, souvent le rôle du chercheur va changer, il supervise plus qu’il ne créer. Les découvertes effectuées en début de vie de chercheur seront des étiquettes qui resteront par la suite pour l’identifier au sein de la communauté scientifique.
  • Entrepreneuriat
    C’est un fait, les entrepreneurs en série réussissent rarement aussi bien que lors de leur premier projet. On en a quelques exemples au Québec. Plusieurs entrepreneurs de la première vague d’Internet n’ont pas été capables de répéter leur exploit de la première fois, celui qui les a rendu riche. Certains perdent leurs fortunes dans de nouveaux startups qui ne lèvent finalement pas. Ils utilisent leur savoir et leur crédibilité pour faire le passage douillet dans des grosses corporations. La raison principale à mon avis est que dans le premier vrai projet qui nous tient à cœur, un feu intérieur nous brûle, on y met toute notre énergie. Les fois suivantes, on est moins affamé, et ça fait toute la différence.

Vous êtes jeune? Dites-vous que ce que vous faites aujourd’hui sera peut-être la meilleure chose que vous allez être capable de faire dans votre vie…

[Photo: ATBaker sur Flickr]

robt arm
[image tirée du vidéo de TED]

Je sors de Las Vegas et cette ville est complètement improbable. Située au milieu de nulle part, dans un climat affreusement chaud et sec, Las Vegas abrite plusieurs projets qui ont dû sembler initialement complètement fous. La plupart des gros hôtels sont un exemple. Le succès du Cirque du Soleil en est un autre. Après avoir assisté au spectacle KA, j’ai été envahi par un sentiment de “tout est possible!” C’est très inspirant de voir ces idées complètement folles à prime abord se révéler comme de très bon coups quelques années plus tard.

Il faut oser et innover pour avoir un impact important, peu importe son domaine. Je voulais déjà parler de ce sujet quand j’ai reçu un courriel automatisé de TED m’annonçant la mise en ligne d’un vidéo de Dean Kamen présentant le bras prosthétique que son équipe et lui ont construit (photo). Ce travail résulte d’une proposition de l’armée américaine qui désire remplacer les bras perdus de 1600 soldats en Irak. Initialement, Kamen affirmait que ce qu’ils demandaient était simplement impossible. Plusieurs mois plus tard, un prototype montre la faisabilité de cette idée audacieuse. Un article de Engadget du mois de mai présentait un autre extrait vidéo.

À la lecture de l’article à son propos sur wikipedia et d’un autre de Wired datant de 2000, je me rend compte que cet inventeur/entrepreneur incarne la puissance des idées folles. Après avoir laissé tomber l’université, il a inventé plusieurs applications mécaniques qui lui ont donné les moyens de ses ambitions. Parmi celles-ci, notons le Segway, la chaise roulante capable de monter les marches iBot ainsi que plusieurs appareils médicaux. Sa dernière idée “farfelue”? Faire en sorte que les scientifiques deviennent des vedettes et des modèles pour la jeunesse, au même titre que les étoiles du sport professionnel. Pour ce faire, il a lancé FIRST (For Inspiration and Recognition of Science and Technology). Cette organisation met sur pied des concours de robotique où des étudiants du secondaire sont jumelés à des scientifiques de leur localité pour réaliser un robot dans un délai prescrit. Ces différentes équipes se rencontrent ensuite dans une compétition. Kamen ambitionne d’en faire une sorte de télé-réalité. Est-ce que son rêve de rendre les scientifiques des célébrités populaires se réalisera? À voir le profil médiatique de plusieurs geeks comme Bill Gates, les fondateurs de Apple, de Google ou de Digg, on peut s’imaginer que le timing est bon. Ça me rappelle aussi la prédiction de Robert Lepage, un autre personnage qui mène à terme ses idées folles, qui affirmait cet été en entrevue à la télévision que “le prochain siècle sera celui de la science”.

À voir ces exemples, de folie à génie, il y a toujours beaucoup de travail. Ce n’est pas tout d’avoir les idées. Toutes ces personnes qui réalisent leurs visions de grandeur ont une confiance indéfectible en leur projet et une volonté à toute épreuve. Les défis à relever sont grands, comme la somme de travail, comme les retombées. Après tout, si c’était facile, ce serait déjà fait!

angelina jolie latin tatoo
[photo: Magazine Rolling Stone]

Angelina Jolie arbore un tatouage écrit en latin sur lequel on peut lire “Quod me nutrit me destruit”: “Ce qui me nourrit me détruit” (photo). Cette phrase, plutôt noire à prime abord, m’a souvent fait réfléchir. Je ne sais pas ce que signifie précisément cette phrase pour madame Pitt, mais je trouve qu’elle s’applique de façon plutôt générale à plusieurs aspects de la vie.

  • Évolution
    L’évolution nous a doté à une certaine époque de plusieurs mécanismes qui aujourd’hui sont devenus des désavantages. Pour la première fois depuis longtemps, l’espérance de vie des nord-américains sera plus courte que celle de leurs parents. La raison est l’obésité. De pouvoir emmagasiner de l’énergie sous forme de graisse à une époque lointaine a permis à nos ancêtres de survivre et de passer leurs gènes à leurs enfants. Cette caractéristique qui nous a nourrit durant des générations cause à présent notre perte. De la même manière, notre tempérament agressif nous a aidé à nous défendre avec ardeur dans le passé pour survivre. Aujourd’hui, on nie cet aspect de notre nature pour pouvoir fonctionner en société. Quand ça ressort, les résultats sont souvent désastreux. On ne peut aussi s’empêcher de penser à l’industrialisation, qui nous a bien servi un moment, mais qui aujourd’hui menace l’environnement qui nous soutient.
  • Tourisme et développement urbain
    En voyage sur des îles d’Hawaï, j’ai ressenti une certaine tristesse chez les habitants. Sur la grande île par exemple, on a accepté de construire des télescopes sur une montagne sacrée à un moment où l’économie était à plat. Tout le monde avait alors accueilli la nouvelle positivement. De la même manière, la progression du tourisme sur l’archipelle a permis à plusieurs familles d’augmenter leur niveau de vie. Aujourd’hui, ces développement ont complètement dénaturé ce que les touristes eux-mêmes sont venus voir. Ce qui a nourrit les locaux à une certaine époque est aujourd’hui la cause de leur malheur.
    Plus près de nous, je suis un vrai partisan de Québec, la ville que j’habite. La raison est la combinaison de la qualité de vie qu’on y trouve, des opportunités professionnelles et de la proximité de la nature. J’y travaille à développer des entreprises avec un sentiment de contribuer à sa croissance. Or, ce qui est positif pour la ville aujourd’hui finira un jour par dégrader sa nature, ce pourquoi on veut la développer.
  • Croissance personnelle
    À mesure qu’on avance dans la vie, on acquiert des aptitudes et des connaissances. Celles-ci nous permettent de se créer un certain confort: on vit plus à l’aise, on a moins besoin d’apprendre, etc. On a travaillé fort pour arriver là, mais une fois à destination, on arrête d’avancer. Ce qui nous a permis de progresser au départ finit par nous empêcher d’aller plus loin, on se crée des “patterns”, on arrête d’apprendre. C’est pour cette raison qu’on doit consciemment se botter le derrière pour essayer de sortir de notre zone de confort et entreprendre de nouvelles aventures sans cesse.
  • Entreprises
    Le but de la majorité des PME est de croître. Or, les entreprises qui deviennent trop grosses perdent de leur efficacité. Tout devient lourd: La direction perd le contact avec les employés et les clients, ce qui entraîne la mise en place de plein de processus administratifs. Les employés déconnectés se sentent moins concernés par la réussite de l’entreprise, ce qui les démotive. Tout coûte plus cher, les décisions sont plus longues à prendre, etc. Ainsi, le but de l’entreprise finit par la rendre moins efficace.
    De la même manière, le contexte changeant, ce qui a pu être un avantage pour une entreprise finira par lui nuire éventuellement. Prenons un exemple que je connais plutôt bien, celui de l’immobilier au Canada. Il existe une organisation qui rassemble toutes les maisons à vendre par les agents immobiliers: SIA. Une de leur force jadis a été de contrôler leur information, rendant l’utilisation de leurs catalogues essentielle à tous les agents. À l’ère d’Internet, leur attitude de vouloir contrôler et cacher de l’information a fait que les acheteurs et les agents se sont tournés vers de nouveaux systèmes, ce qui effrite leur position de monopole. Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres.
  • Culture
    Par définition, une mode qui devient trop importante perd de son attrait. C’est ce qui arrive pour les styles musicaux, l’habillement, etc. À mesure que leur popularité augmente, ils perdent de leur attrait.

On dirait donc que naturellement, un système qui devient trop gros tend à s’auto-détruire à long terme. On aimerait être éternel et tout ça semble ainsi négatif. Mais je crois que c’est l’inverse. C’est ce qui permet entre autre à chaque génération de prendre sa place dans le monde. En ce moment, c’est au tour de la mienne de le faire. Un jour, ce sera nous les dinosaures mésadaptés. Donc pour l’instant, profitons de notre statut de petit mammifère et amusons-nous!

tree growing on a car

La photo en haut, c’est mon auto. J’arrive d’un voyage et je ne l’avais pas conduite depuis une semaine. Ça a été suffisant pour qu’une jeune pousse d’arbre apparaisse dans un recoin encrassé au bas de ma porte. Quand j’ai essayé de la partir, aucun bruit ne s’est fait entendre. J’avais oublié, pour la je ne sais pas combientième fois, la petite lumière au plafond. La batterie s’est déchargée lentement jusqu’à ce qu’elle soit complètement à plat. C’est une belle illustration de deux choses. Premièrement il faut que je lave mon auto. Deuxièmement, la nature est bien en avance sur la technologie! Aucun arbre ne survivrait s’il laissait filer son énergie sans aucun but.

L’auto-organisation et l’évolution de la nature me dépasseront toujours. Comparativement à tout ce qu’on peut inventer, le monde vivant est tellement robuste et imaginatif pour trouver des solutions qui lui permettent de survivre de façon autonome. Il faut dire que ce qui influence le développement des vivants diffère considérablement de ce qui influence le développement des produits.

Alors que le vivant réussit s’il a un bon rapport avec son environnement, le produit réussit s’il a un bon rapport avec l’homme. Alors que le produit dépend entièrement de l’homme pour être conçu, réparé et alimenté en énergie, le vivant fait tout de manière autonome. Le vivant participe à des cycles naturels (eau, carbone, chaîne alimentaire, etc.) alors que le produit a son cycle de vie selon sa rentabilité. Ce n’est que tout récemment dans l’histoire industrialisée qu’on essaie de réintégrer nos produits à ces cycles naturels comme à l’instar des vivants. Le défi est de taille car il faut revoir tout le système de production. Je pense qu’on y arrivera, car on n’a simplement pas le choix!

Mais pourquoi est-ce que la matière tend naturellement à s’organiser et à se complexifier? Soumis à certaines règles physiques, l’univers semble destiné à assembler les éléments qui le composent pour donner des choses, puis des êtres de plus en plus complexes. Quand on regarde ce qu’on est en train de faire — de dérégler tous les cycles — on a l’impression que l’homme est une erreur de l’évolution. Alors que tous les vivants venant avant s’inscrivaient dans une course à la complexité en équilibre avec le reste de la nature, on dirait parfois que l’humain arrive pour gâcher tout ça. Est-ce que c’est le cas? Est-ce que ce sera nous qui arrêteront cette histoire phénoménale, du moins sur la Terre? Ne serions-nous pas encore en train de se donner de l’importance et de se placer au centre de l’univers? Car nous ne sommes sûrement nous aussi que des outils de cette force invisible qui tend à créer des systèmes organisés plus complexes… C’est ce dont on se rendra compte éventuellement, alors que ce qu’on aura créé — l’Internet, les robots, ou les écosystèmes qui évolueront sur les planètes colonisées comme Mars — représentera la prochaine étape de l’Évolution: .


[photo : wader sur Flickr]

Quand on passe dans l’allée des chips à l’épicerie, on a de bonnes chances d’en ramasser un. Une fois à la maison, la tentation est grande d’ouvrir le sac. Et une fois qu’il est ouvert, il se mange rapidement. Dès qu’on passe dans l’allée des chips, on amorce un processus irréversible qui mènera à la consommation totale et complète du contenu du sac.

La théorie du sac de chips s’énonce donc:

Si on ne veut pas manger de chips, il
ne faut pas passer par l’allée des chips.

C’est une façon d’imager la sagesse hollywoodienne de M. Miyagy dans Karaté Kid: “La meilleure façon de ne pas avoir de trouble, c’est de rester loin du trouble.” Bref, quand ça ne sent pas bon, il vaut mieux se tenir loin. Simple et très efficace… mais il a vraiment l’air bon ce sac!