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Archive pour la catégorie ‘Psychologie’

Votre cerveau est fait pour voir au maximum en 3 dimensions. Pour vous en convaincre, je m’apprête à vous faire frapper une limite de votre cerveau.

En mathématiques, plusieurs concepts se généralisent peu importe le nombre de dimensions. Prenez l’exemple du cube. Au sens général, un cube de n’importe quel dimension peut être obtenu selon la méthode illustrée ci-dessous et expliquée ici:

400px-hypercube_construction_fr

  1. En une dimension, un point balaie pour obtenir une ligne.
  2. En 2 dimensions, la ligne balaie pour obtenir un carré.
  3. En 3 dimensions, le carré balaie pour obtenir un cube. Jusqu’ici tout va bien, on conçoit facilement.
  4. C’est là que le fun commence: En 4 dimensions, un cube balaie pour devenir un tesseract. Oubliez le nom ésotérique. Essayez seulement de visualiser cette entitée, qui n’est “qu’un cube” en 4D. Vous n’êtes pas capable. Vous êtes un humain, c’est le processeur que vous avez dans le coco qui est monté comme ça.

Considérant cet aspect de notre nature:

  • Profitez de votre capacité à voir en trois dimension.
    Souvent, et particulièrement en développement de produit, on a avantage à considérer 3 points de vue pour prendre une décision. Voici trois points de vue d’une feuille.

    Le premier point de vue ne permet rien de voir en particulier de la feuille mais permet de voir le contexte global derrière:

    dimension1
    Le deuxième point de vue montre la feuille comme un accordéon et ça ne vous dit rien du tout:

    dimension2

    Le troisième point de vue, c’est là que l’information de valeur se trouve. Vous avez une carte vers un coffre rempli de 2$ sur une ile déserte à côté d’un super spot de pêche:

    dimension3
    C’est un exemple bidon mais en entreprise, il faut pratiquement toujours considérer des aspects financiers, opérationnels et la clientèle dans des décisions. Quand on fait des sites web, on doit considérer design, programmation et back-end, etc.

  • N’essayez pas de visualiser des situations de plus de trois points de vue.
    Je vous le répète, vous n’êtes pas capable. Si vous tentez de le faire, vous tournerez en rond sans trop savoir pourquoi. Ça ne sert à rien de vouloir visualiser une question de trop de point de vue. Adoptez le bon niveau de sophistication dans vos raisonnements.  Sachez reconnaître quand trop d’information vous est présentée et retournez à l’essentiel, les variables qui comptent vraiment.
  • Si vous avez à le faire, utilisez les mathématiques.
    La seule façon d’arriver à trouver le point optimum à une question qui considère plus de trois variables, c’est à mon avis les mathématiques. Et encore, comme souvent les variables sont de natures différentes (des coûts vs un niveau de satisfaction par exemple), les résultats peuvent être totalement sujets à interprétation. D’ailleurs, arrêtez de penser que tout est quantifiable. Réfléchissez à cette citation de Einstein (que j’adore) “Everything that can be counted does not necessarily count; everything that counts cannot necessarily be counted“.
  • Quand vous présentez des choix, ne présentez pas plus de 3 variables.
    Maintenant que vous êtes conscients des limites de notre cerveau, facilitez la tâches de ceux à qui vous donnez des options: pas plus de 3 dimensions svp! Ça rendra le processus plus léger psychologiquement, ce qui prédisposera favorablement votre interlocuteur. Je pense entre autre aux pages d’adhésion. Ce n’est pas le temps de créer un stress chez l’utilisateur en le mettant devant une situation qu’il n’est pas capable de gérer parce qu’il est lui aussi, un humain.

Focus, focus, focus

14.01.2008

À la fin de l’année, j’ai fait le tour de ma liste de ce que je voulais faire en 2007. J’avais tout fait… à 75%. C’est une situation que je n’aime pas et qui ne risque pas de s’améliorer toute seule en 2008, avec le petit qui s’en vient. Ma résolution pour l’année est donc de prendre moins de résolutions, avoir un meilleur focus.

Probablement puisque nous sommes beaucoup à faire ce constant en fin d’année, le New Scientist du 15 décembre titrait “Why we’re prone to distraction and delay?”. Je vous envoie quelques informations issues de l’article qui peuvent nous aider à en faire plus en se concentrant d’avantages.

  • Les recherches suggèrent que les interruptions peuvent prendre jusqu’à deux heures dans une journée de travail.
  • Ce n’est pas parce qu’on veut ignorer quelque chose qu’on réussira. Il faut dont éliminer les sources de distraction.
  • Notre cerveau ne peut percevoir qu’un quantité limitée d’information. Quand une activité demande tout notre potentiel cérébral, on devient moins sensible aux distractions et nos performances pour cette activité s’améliorent. Le plus on doit se forcer pour se concentrer, le moins on risque d’être distrait.
  • La procrastination est mauvaise pour la santé. Nous sommes dans une lutte perpétuelle entre la satisfaction de notre nous présent et la satisfaction de notre nous futur. Il faut trouver l’équilibre.

Ils y vont aussi de quelques trucs:

  • Prenez des engagements fermes avec vos partenaires d’avoir terminé une action d’ici un certain moment.
  • Éliminez toutes les distractions de votre espace de travail, incluant les distractions sur votre ordinateur (email…).
  • Vous vous sentez trop fatigué pour compléter une tâche? Prenez une bonne nuit de sommeil et commencez avec à la première heure le lendemain matin.
  • Fixez-vous des buts réalistes à la semaine, au jour-le-jour, aux heures si ça vous aide.
  • Promettez-vous une récompense pour chaque but atteint.
  • Croyez en vous. Que vous croyiez que vous pouvez accomplir quelque chose ou que vous croyiez le contraire, vous avez probablement raison.

Hacker son cerveau

15.10.2007

brain hack
[photo: NewScientist]

Je viens de lire l’article de New Scientist intitulé “Mind Tricks: Six ways to explore your brain” qui me convainc une fois de plus que notre perception de la réalité n’est que très partielle. L’article n’est pas disponible en ligne mais voici des liens vers des démos cités qui illustrent plusieurs phénomènes vraiment intéressants.

  • Qui dans l’image ci-dessus paraît le plus content? Si vous êtes comme moi et la majorité des gens, vous allez opter pour celui du bas alors que c’est la même photo n’ayant subie qu’une transformation miroir. C’est la différence entre nos deux hémisphères qui cause cet effet. Visionnez un vidéo impressionnant d’un patient qui s’est fait sectionné le corps calleux reliant ses deux hémisphères.
  • Nos oreilles aussi peuvent nous jouer des tours. Le cerveau anticipe toujours ce qu’il perçoit comme du langage. Dans cet exemple, écoutez des phrases distortionnées et vous ne comprendrez rien. Écoutez la phrase originale, puis réécoutez la phrase modifiée. Celle devient alors intelligible! Dans cet autre exemple, on illustre comment notre cerveau remplit les trous qu’il ne comprend pas pour comprendre la parole. Quand on coupe une phrase avec des blancs trop longs, on ne la comprend plus. Quand ces blancs sont remplis de bruit, on la comprend de nouveau. Dans ce vidéo, on entend différentes choses en écoutant les yeux fermés ou ouverts! Et dans cet exemple, on voit différemment selon ce qu’on entend…
  • Essayez de trouver la différence entre les deux images présentées dans ces vidéos. Comme les images sont séparées par une image grise et qu’elles changent rapidement, on n’a pas le temps de fixer notre attention. Ça prend vraiment longtemps pour voir la différence. Ces autres vidéos montrent comment on ne dénote pas certains changements sur lesquels on ne se concentre pas. Particulièrement tordant: regardez ce vidéo et comptez attentivement combien de passes l’équipe blanche fait. Regardez de nouveau le vidéo sans compter les passes…

Faites-vous encore confiance à ce que vous voyez?

Illusion d'optique tour de Pise
(photo: SciAm)

Frederick Kingdom, un professeur d’ophtalmologie de l’Université McGill, à Montréal, vient de remporter le prix de l’illusion d’optique de l’année décerné par la “Neural Correlate Society” grâce à l’image ci-dessus.

Vous avez l’impression que la tour de droite penche plus que celle de gauche? Et bien ce n’est pas le cas. Tel qu’expliqué sur Scientific American, “Notre système regarde cette image comme étant une seule scène. Notre cerveau a appris que deux objets de grandes tailles vont avoir le même angle mais convergeront vers un point au centre supérieur de l’image. Puisque ces deux tours sont parallèles, notre cerveau pense qu’elles ont des angles différents (car il s’attend à les voir converger).”

Voir les dix finalistes du concours et le communiqué de McGill.

petit_singe.jpg

Combien d’individus se trouvent dans la communauté de ce petit primate? Combien de connaissances compte votre réseau social? Est-ce qu’il y a un lien entre ces nombres? Apparemment oui, basé sur la taille de son cerveau et de celle du nôtre, primates évolués que nous sommes.

Qu’est-ce que le nombre de Dunbar?
Le nombre de Dunbar, 150, représente la limite théorique du nombre d’individus avec lesquels on peut garder une relation personnelle. Ce nombre provient d’une étude de l’anthropologue britannique R.I.M. Dunbar publiée en 1993. Dans cette étude, le chercheur comparait la taille du néocortex de différents primates à la taille de leurs groupes. À partir de son étude, il extrapolait aux humains pour déterminer que la taille d’un groupe ne devrait pas dépasser 150 individus.
taille cerveau vs population
(image: BCG)

Au-dessus de ce nombre, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer le fonctionnement du groupe. Ça prend alors une hiérarchie plus importante, avec des règles, etc. Il dénote plusieurs exemples au fil de l’histoire de groupes bien soudés dont la taille oscille autour de ce nombre: la taille des groupes au sein de l’armée romaine, certains groupes religieux ou équipes de travail.

Dunbar indique que le langage qu’on a développé joue un rôle important dans notre capacité à entretenir des liens avec environ 150 personnes. Le fait de pouvoir parler à plusieurs individus simultanément permet d’avoir des rapports efficaces entre nous. Sans cet outil, on passerait la moitié de notre temps à entretenir nos relations.

L’humain demeure, ses moyens de communication changent
Notre cerveau a cessé d’évoluer il y a environ 250 000 ans. Ça me dépasse complètement. Cette même machine qui nous servait à cueillir des fruits à cet époque est la même qui nous permet d’accomplir tous les miracles de la science moderne. Sachant que les moyens de communications ont grandement évolués et que la communication joue un rôle crucial dans l’organisation des communautés, comment se porte le nombre de Dunbar en 2007? Peut-on, grâce aux emails, blackberry, SMS et autres, entretenir de relations fortes avec plus de 150 congénères?

Il semble que non. J’avais entendu parler de ce principe dans le livre Tipping Point, qui a eu un impact important dans la communauté des créateurs de technologie. Plusieurs ont donc observé si le fameux 150 ressortait dans les communautés en ligne, tel que des blogues et des communautés de gamers. On peut voir cet article qui contient plusieurs exemples. Il est en fait apparu comme une limite supérieure, la grande majorité des ensembles possédant moins de 150 membres.

C’est toujours intéressant de voir ces études qui nous rappellent que, malgré toute cette technologie, nous ne sommes que de simples bibittes à deux pattes. Ça peut aussi nous aider à comprendre comment on peut se détacher des groupes auxquels on fait partie lorsqu’ils deviennent trop gros. Je pense entre autre aux gouvernements et aux grandes entreprises, dont la taille ne semble simplement pas coller à notre nature.