Je glissais un mot il y a quelques jours sur ma curiosité pour le cycle de vie des entreprises technologiques. Ces entreprises doivent sans cesse se renouveler. Comment font-elle pour garder un bon équilibre entre investissement dans le développement technologique et la rentabilité de l’entreprise. Pour les très grandes entreprises, l’exercice doit être encore plus périlleux, les dirigeants devant en plus avoir à rendre des comptes aux actionnaires.
L’exemple de CAE

(photo: CAE)
L’entreprise montréalaise CAE est le plus important fabricant de simulateurs de vols (voir la photo) au monde. Leur plate-forme est basée sur le robot parallèle le plus répandu, la plate-forme de Gough-Stewart. La plate-forme a fait ses preuves. Ils en ont vendu des milliers depuis son développement, permettant de le rentabiliser.
Autant cette entreprise a innové avec sa plate-forme, autant rendue à maturité elle ne voulait plus lui toucher. Étudiant moi-même les robots parallèles, j’ai souvent discuté avec des directeurs du développement technologique lors de forums étudiants. Bien sûr, j’étais très enthousiaste face à toutes les possibilités de la recherche universitaire dans ce domaine: équilibrage statique, robots à câbles, nouvelles architectures, etc. Je me suis vite rendu-compte de la réalité des grosses entreprises en aérospatiale. Le fait qu’elles doivent faire certifier tous leurs appareils et leurs procédés de fabrication les rend plutôt frileuses à révolutionner leurs technologies, y allant plutôt par incréments. C’est vraiment paradoxal qu’un domaine que l’on considère si innovateur soit en fait plutôt conservateur.
Plus récemment, de nouveaux concurrents sont apparus aux limites des niches occupées par CAE. C’est le cas d’une autre entreprise de la métropole québécoise: Mechtronix. J’ai discuté avec des représentants de la compagnie l’été dernier et je leur ai demandé quelle était leur relation avec CAE. La réponse officielle, c’est qu’ils ne sont pas en compétition directe, les deux occupant des marchés un peu différents. Mais dans la réponse, je sentais bien que la souris chatouillait les pieds du gros éléphant. Mechtronix possède maintenant une gamme de simulateurs approuvés pour l’entraînement à une fraction du coût de ceux de CAE. Un des raisons de leur plus faible coût est qu’ils n’achètent pas tous les modules d’avionique des fabricants d’avion, mais seulement les licences pour les fabriquer eux-mêmes.
La semaine dernière, on offrait la possibilité dans la Presse Affaires de poser une question à Bob Brown, PDG de CAE. Ma question “Quelle est la stratégie de CAE face à l’arrivée de concurrents comme Mechtronix qui sont capables de produire des simulateurs à faible coût?” a été posées. Je me doutais bien que je n’allais pas recevoir une réponse du gars passionné de technologie du genre “nous allons orienter notre développement dans cette direction et nous allons révolutionner l’industrie, comme nous l’avons fait à nos débuts!” J’ai plutôt eu droit à un politiquement correct “Mechtronix n’est pas vraiment un compétiteur.”
D’accord, je prend la réponse une fois de plus. Mais gageons que les nouveaux concurrents réveillent CAE qui sort d’un doux confort. Ils auraient pu, avant que de nouveaux compétiteurs sérieux arrivent, courir encore plus vite vers l’avant et creuser d’avantage l’écart technologique qui les séparait du reste. Ils ont préféré encaisser durant quelques années, pour éventuellement se faire rapprocher. C’était peut-être la bonne stratégie. Maintenant, ils ont des sous pour faire des acquisitions de plus petites entreprises qui ont toujours la flamme d’innover. Est-ce que, rendues à une certaine taille, les grandes entreprises sont condamnées à en acheter des plus petites pour continuer à innover? Je n’ai pas la réponse. Tout ce que je peux dire, c’est que de bonnes idées, tout le monde peut en avoir, surtout les petits.




