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Archive pour le mot-clef ‘Patagonia’

chouinard

Je viens de terminer le guide de l’entrepreneur atypique Yvon Chouinard,  fondateur et propriétaire de Patagonia. Un peu comme les mémoires d’Hubert Reeves, “Let my people go surfing” consiste en plusieurs livres en un seul. Il raconte d’abord son enfance de jeune canadien français émigré au États-Unis avec un nom qui sonne en anglais comme un nom de fille. On comprend alors ce qui a mené à la fondation de sa compagnie, qui était au départ une shop d’équipement pour l’escalade. La dernière partie, comme la dernière partie du livre de Reeves, traite de la préservation de l’environnement sauvage. Le centre du livre présente ses leçons d’entrepreneurs, dont voici quelques unes:

  1. Faire ce que doit.
    À chaque fois qu’ils ont eu le courage de prendre des décisions en fonction de leurs convistions profondes, ça s’est avéré être une bonne décision d’affaires. Parfois, les choix allaient complètement contre la logique d’affaire habituelle de minimiser les risques, les coûts et de ne pas choquer l’opinion publique. Par exemple, à ses débuts, il a arrêté de produire le produit d’escalade qui l’avait rendu célèbre dans la communauté et qui assurait sa rentabilité. Plus tard, ils ont décidé de passer au cotton organique alors qu’il coutait de deux à trois fois plus cher que le cotton non-organique. À toutes les fois, la compagnie a profité monétairement de ces décisions.
  2. Découvrir au lieu d’inventer.
    Tout va trop vite, on n’a pas le temps d’inventer. Il faut être attentif et opportuniste, faire le lien entre nos besoins et les nouvelles technologies disponibles.
  3. Faire travailler le designer avec le fabricant.
    C’est le concept du design intégré. Les coûts du design représentent un petit montant comparativement aux coûts de fabrication. Cependant, 80% des coûts de fabrication découlent de décisions prises durant la phase de design. En faisant travailler ensemble tout le monde impliqué dans la chaine tôt dans le processus, on assure la cohérence entre design et fabrication et on obtient une meilleure qualité en bout de ligne.
  4. Demander “pourquoi?” cinq fois.
    Il dit prendre ça de la philosophie de Toyota. Quand un problème survient,on se demande une première fois pourquoi. À la première réponse, on repose la question pourquoi, et ainsi de suite jusqu’à cinq fois. On s’attaque ainsi aux vraies sources, on évite les patches temporaires et les problèmes récurrents.
  5. Faire de l’argent.
    Chouinard veut changer le monde. Il veut montrer au monde des affaires qu’il est possible d’avoir une compagnie prospère qui respecte l’environnement et ses employés. S’il ne fait pas d’argent, il n’a aucune crédibilité auprès des gens qu’il veut influencer.

J’avais cité Chouinard plus tôt cette semaine et j’avais présenté un résumé d’une entrevue il y a un moment.


(photo: Fortune)

En ce moment, il semble que chaque grand magazine présente son “édition verte”. J’avais parlé il y a un moment de celle de Business 2.0. Récemment on a eu droit à celle de l’Actualité sur les gourous verts. Même les revues sportives se mettent de la partie. C’est bon signe! Une qui m’encourage particulièrement, c’est celle de début avril de Fortune. De voir qu’une revue de cette importance porte autant d’attention au sujet confirme que la question de l’environnement s’installe de plus en plus dans la communauté d’affaires américaine. Les environnementalistes et les gens d’affaires commencent enfin à trouver un langage commun pour arrimer technologies propres et profits.

Parmi les différents articles, celui qui fait la couverture est des plus inspirant pour n’importe qui désireux de réussir sans piler sur ses principes. On y raconte l’histoire de d’Yvon Chouinard (photo). Descendant canadien-français originaire du Maine, Chouinard possède toujours Patagonia, l’entreprise qu’il a fondée en 1972 à Ventura, Californie. Au fil des années, il a pris de nombreuses décisions audacieuses pour assumer ses valeurs, sans compromettre le succès commercial à long terme. Je réalise de nouveau à la lecture de cet article en quoi diriger une entreprise avec conviction permet de la développer.

“Il n’y a pas d’affaires à faire sur une planète morte”
Cette citation attribuable à David Brower, directeur du Sierra Club, est affichée sur la porte d’entrée des bureaux de Patagonia. Certe, elle est extrême. Il est évident que l’économie d’une planète inhabité égale un gros zéro. Mais avant de se rendre là, si jamais on s’y rend, il y aura plusieurs étapes intermédiaires. Les dirigeants et surtout la population sont de plus en plus conscients qu’on doit agir pour éviter les scénarios catastrophes. Ainsi, ceux-ci exigeront inévitablement que les entreprises respectent les gens et la nature dans leurs opérations. Celles qui seront les premières à adopter ces pratiques auront une longueur d’avance sur le reste.

L’imagination au rendez-vous
Les entreprises qui s’imposent des méthodes respectueuses de l’environnement s’obligent à innover. Elles doivent faire plus avec moins. Ceci les conduit à réduire leur consommation énergétique et conséquemment leur coût de production. Avec le coût de l’énergie qui risque de croître sans cesse, cet avantage s’accentuera d’avantage.

Ce processus de création permet de développer des produits plus verts, mais aussi plus performants. Plusieurs nouveaux matériaux qui ont changé l’industrie du vêtement de plein air proviennent chez Patagonia de ces développements. Dans le cas du coton organique, ça a carrément donné lieu à la création d’un nouveau marché inexistant auparavant.

Les employés avec vous dans l’aventure
Cette dernière conséquence d’une gestion respectueuse est probablement celle qui fait la plus grande différence. On connaît tous l’importance des équipes, de leur compétence et de leur motivation, dans le succès d’entreprises. Qu’est-ce qui incite les bons éléments à venir travailler avec vous puis les motive à donner le meilleur d’eux-mêmes?

C’est sûr que de leur permettre de profiter des bonnes journées de plein air lorsqu’elles se présentent, ou encore de leur permettre d’avoir du temps pour s’occuper de leur famille lorsque nécessaire motive les employés. Si vous arrivez chez Patagonia alors que les vagues déferlent ou que de la poudreuse a tombé la veille, vous ne trouverez personne dans les bureaux. Ils seront tous en train de tester le matériel qu’ils conçoivent.

Par ailleurs, s’ils sentent que leur travail fait du sens, s’ils sentent qu’ils ne travaillent pas que pour des chiffres, mais aussi pour des valeurs qui les rejoignent, ils travailleront naturellement à leur meilleur. Patagonia encore une fois en est la preuve. Pour chacune de leurs offres d’emploi, plus de 900 candidats appliquent. Et une fois engagés, “ils courraient à-travers des murs pour Chouinard” tellement ils le respectent, affirment le nouveau DG de l’entreprise.