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Archive pour le mot-clef ‘politique québecoise’

Débat des chefs Québec 2007

Hier soir, je devais me rendre à un débat à l’Université Laval opposant des représentants des cinq partis principaux candidats à l’élection du 26 mars prochain. Le débat, s’intitulant “Quel développement durable pour le Québec? Ce que proposent les partis politiques”, devait être animé par Johanne Gélinas, la présidente de l’IHQEDS et ancienne commissaire à l’environnement. En fin de semaine, ma déception était grande lorsque j’ai appris par courriel que l’évènement était annulé à cause du désistement de deux des partis. Lesquels? L’organisatrice m’a confirmé que les deux déserteurs sont le PLQ et l’ADQ.

Pourquoi ont-ils annulé? Je n’ai pas réussi à avoir une réponse. Et bien tant pis pour eux, ça ne fait qu’en soulever d’autres. Serait-ce parce que ces deux partis n’ont pas intérêt à aborder le sujet, surtout en terrain bien informé comme une université? Est-ce que le libéral appréhendait des échanges trop intenses avec des étudiants à propos de la privatisation du mont Orford? Est-ce que l’adéquiste avait peur de se frotter à d’autres candidats maitrisant nettement mieux leur sujet?

Aux deux dernières questions, on peut supposer que oui. Je vous invite à écouter le reportage intitulé “Le débat sur l’environnement a attiré un assistance peu nombreuse” sur cette page de Radio-Canada. Il semblerait justement que le débat à tourné autour du controversé projet des loi des Libéraux.

Le candidat à Mario, quant à lui, n’a pas brillé. Le passage retenu dans le reportage prouve trois chose:

  1. Il répond très honnêtement aux questions;
  2. Il ne connait pas bien son dossier;
  3. S’il a été envoyé à ce débat, c’est qu’on considérait que c’était le meilleur pour défendre la position de l’ADQ dans ce domaine. Considérant qu’il fait piètre figure, ça confirme l’argument du PQ et du PLQ que l’équipe de l’ADQ manque de profondeur.

En effet, questionné sur la position du parti sur l’étiquetage obligatoire des OGM, il répond:

“Moi, personnellement je suis en faveur. Est-ce que Lui l’est? Est-ce que notre partie s’est engagé là-dessus? (Grimace de je l’sais pas) Je l’sais pas pantoutte.”

Les autres sujets habituels sur l’environnement ont semblerait-il permis un consensus parmi les partis: GES, transport en commun, énergies vertes… Croyez le ou non, les partis s’entendent sur un sujet! Mais au fond, comment être contre l’environnement? Ce serait comme dire qu’on hais les bébés chats. Personne peut haïr un bébé chat! Alors pourquoi ils n’en parlent pas plus de l’environnement, et de la science en général?

La question a été posée aux “Années lumière” dans un reportage intitulé “Une campagne pauvre en sciences“. Les personnes interrogées avancent quelques hypothèses:

  • La science est un sujet complexe, qui se prête mal aux déclarations choc.
  • Elle ne n’offre pas d’images spectaculaires pour mettre en scène les déclarations des chefs. C’est presque dommage qu’on ait finalement eu de la neige cet hiver…
  • Il n’y a pas de solution immédiate. Ce sont des problèmes à longs termes. Les solutions mises en places devront s’échelonner sur plusieurs mandats.
  • Autant pour la prévention en santé, que pour l’amélioration de l’environnement, un gouvernement est difficilement imputable.

Les journalistes de leur côté se défendent de ne pas poser de question à ce sujet. Ils affirment que les points de presse se prêtent mal à ça. Je leur accorde. Justement, un débat à l’université aurait permis d’explorer ce thème plus en profondeur, supposément notre 2e priorité.

André Boiclair avec sa Feuille de route

La prioritié d’Hydro-Québec, jusqu’à tout récemment, demeurait l’hydro-électricité. Si le PQ est élu, il propose d’augmenter la proportion de production éolienne à 20% de la production totale d’ici 10 ans. C’est ce qu’on apprend dans leur feuille de route. Ce n’est pas une mauvaise idée puisque, contrairement à la croyance populaire, l’hydro-électricité produit des gaz à effet de serre (GES). C’est la décomposition des forêts et des sols innondés qui cause des émissions de CO2 et surtout, de méthane. Une étude datant de ‘97 suggère qu’au Canada, cette forme de production d’énergie est responsable de 3% des émissions de CO2 et de 17% du méthane. C’est non-négligeable, surtout considérant que le méthane est un GES 20 fois pire que le CO2 (voir cet article).

Vendredi passé, André Boiclair répondait aux questions posées par les monsieurs, madames invités de Claude Charron à son émission de TVA. Le plus jeune invité à poser sa question était Carlo Santamaria-Bouvier, un étudiant de 18 ans du Collège Lionel-Groulx. Sa question portait justement sur cette promesse du PQ de fournir 20% de la puissance de production par éolienne d’ici 2017. Selon ses calculs basés sur des chiffres d’Hydro-Québec, cette augmentation nécessiterait l’installation de 7771 éoliennes! C’est considérable compte-tenu qu’il n’y en aura autour de 600 installées d’ici la fin de 2007.

Son affirmation a piqué ma curiosité et je suis allé vérifié les données d’Hydro-Québec. Voici le calcul que j’en ai fait:

  1. Selon le rapport annuel 2005 de la société d’état, on avait à ce moment une puissance installée au Québec de 34 571 MW, dont seulement 212,5 MW provenaient de l’éolien. Il y avait donc 34 358,5 MW qui ne provenaient pas de l’éolien.
  2. On garde cette production qui ne vient pas de l’éolien. On ajoute de la production éolienne pour que celle-ci représente 20% du total selon l’objectif péquiste. On arrive à un total de 42 948 MW, dont 8 590 MW pour l’éolien.
  3. Selon cette page d’Hydro-Québec sur notre capacité éolienne, on apprend qu’il y aura au total 826,5 MW d’éoliennes installées d’ici la fin de 2007. Si on soustrait ce nombre du 8 590 MW d’objectif, ça laisse 7 763 MW à installer en 10 ans.
  4. Toujours selon les mêmes données, on peut calculer que les éoliennes installées au Québec produisent en moyenne 1,41 MW chacune. En divisant 7 763 MW par 1,41 , on obtient un nombre d’éolienne à installer de 5 506.

On n’est pas tout-à-fait au même nombre que Carlo. De plus, il y a déjà plusieurs installations d’éoliennes prévues entre 2007 et 2012. Néanmoins, son interrogation se justifie puisqu’il s’agit d’un objectif plutôt ambitieux. Le graphique ci-dessous montre la puissance éolienne installée prévue d’ici 2012, avec l’objectif du PQ en 2017.

production éolienne québec

Bref, il va falloir s’y mettre au plus vite si on veut atteindre cet objectif. Pour voir comment André Boiclair a répondu à la question de l’étudiant, visionnez ce vidéo à partir de 3:49.

Si vous regardez jusqu’à la fin, vous aurez la chance de voir l’étudiant avec un air interrogé couper la parole au chef sur le sujet de l’auto-production d’électricité. Boiclair, visionnaire, nous projette dans un futur vert où on pourra produire notre électricité et même en repousser dans le réseau d’Hydro pour recevoir des crédits! “Ça se fait déjà”, affirme sec le jeune, bien informé. Et il a raison, il s’agit du programme de mesurage net offert par Hydro-Québec depuis quelques mois.