La place du Québec dans le paysage web canadien

Mesh logo modifié

Est-ce que les “deux solitudes” de Michaëlle Jean existerait même sur l’Internet? Même si ce média est ouvert et transcende les frontières, est-ce que l’isolement culturel entre les francophones et les anglophones du pays se retrouve aussi en ligne?

J’arrive de la conférence Mesh, où j’ai pu rencontrer une communauté d’entrepreneurs toute autre que celle dont je lis les blogues écrits au Québec. Sur 400 participants, je n’ai rencontré que 4-5 qui venaient du Québec à part nous, dont un étudiant de McGill, les fondateurs de StandoutJobs.com, et évidemment quelques représentants de Canoë, qui commanditait le premier dîner (merci pour les sandwiches les gars). Il n’y avait personne de Québec à part moi et Bass, de DuProprio.com. Pourtant, les invités valaient vraiment le déplacement, avec des présentateurs de Techcrunch, Edelman (CEO de la plus importante firme de PR au monde), boss de eBay Canada, responsable du forum de Dell, CEO de Craigslist, fondateur de Expedia, et j’en passe.

Dans l’auditoire se trouvaient plein d’entrepreneurs gonflés à bloc qui échangeaient sur leurs projets. Je me sentais vraiment en pleine ruée vers l’or. Tout le monde veut profiter des nouvelles opportunités du web 2.0. La plupart des projets ne se limitaient pas au Canada. C’était très intéressant de discuter avec eux. Ça m’a aussi fait remarquer la particularité de notre situation au Québec et comment ça influence le développement de sites web et de communautés en ligne à partir d’ici.

Au Québec, on parle français.
Ouais pis, qu’est-ce que ça implique? À mon avis, c’est un couteau à double tranchant.

Le danger, c’est de se limiter à ce marché, de se contenter de faire une version québécoise de ce qui marche ailleurs pour couvrir notre petite île culturelle. Canoë sont des experts là-dedans, avec leurs sites de jobs, de rencontres et plus récemment leur réseau social. Leur situation est particulière. Leur convergence leur a permis de booster leurs sites et de prendre beaucoup d’espace rapidement, s’assurant une grande part du petit marché. Qu’en est-il des autres sites qui visent à créer une communauté pour assurer la croissance du site, et qui n’ont pas TVA pour se promouvoir? De ce que je vois, ça ne semble pas facile. Je pense entre autre à Nuouz et je suis curieux de voir comment MonAvis se développera.

J’ai posé la question à plusieurs personnes à Mesh: “Allez-vous faire une version francophone?” Dans tous les cas, la réponse a été non. Le monde se fout du Québec, ils visent le marché anglophones, des centaines de fois plus important. Le bon côté d’évoluer dans une langue dont personne ne veut se casser la tête avec, c’est que ça va nous créer une pochette protectrice. C’est notre ligne défensive qui nous donne le temps de développer nos trucs en paix, de préparer la longue passe. Servons-nous de ce répit pour développer des trucs splendides en français sans être sous les radars, mais toujours avec l’idée de créer un produit universel qu’on peut flipper en anglais rapidement. L’argent recueilli au Québec peut même solidifier la compagnie pour affronter la compétition en anglais.

De plus, la francophonie ne se limite pas au Québec, si je me fie à la proportion de visiteurs qui viennent sur ce blogue en provenance d’ailleurs dans le monde. Plusieurs gros sites communautaires ont de la difficulté à convertir leur site à d’autres langues et cultures lorsqu’ils veulent joindre plus de gens. Le gars de Dell nous expliquait que c’était un de leur gros défi pour les prochaines années. Nous, ça vient par défaut, on n’a pas le choix de toujours penser en deux langues quand on développe. Pourquoi pas en 20?

Les avantages du Québec
Honnêtement, on a tout ici pour lancer de belles compagnies technologiques qui s’exporteront: Des gens compétents, créatifs, une qualité de vie incomparable, un coût de la vie décent, quatre saisons, du plein-air, une culture originale, des liens avec l’Europe et l’Amérique… Même des gens de Toronto pensent que Québec est sous-évalué.

On est tout de même bien placés pour tirer notre carte du jeu. Pendant que tout le monde part à la ruée vers l’or des communautés en ligne, le Québec fournit quelques pelles: jeux vidéos et hardware de télécoms. Tâchons de capitaliser là-dessus.

Tout ce qu’il nous manque, je pense, c’est un peu de vision et de confiance. Et c’est sûr que les investisseurs auraient avantage à se réveiller. On est tous un peu Gratton. Faisons ressortir notre côté “Think big” un peu plus! Et soyons plus nombreux à Mesh l’an prochain, ça vaut la peine.

Vous appréciez cet article? Abonnez-vous au fil RSS.

12 commentaires pour “La place du Québec dans le paysage web canadien”

  1. Stéphane Guérin dit :

    Bien d’accord.

    Pour iMinR par exemple, c’est uniquement en français. Il y a de la place en masse pour un tel produit pour le Québec, la France et le reste de la francophonie. Mais c’est certain qu’à moyen et long terme, le développement passe par une version anglaise. Xiti par exemple, a été 5-6 juste en français avant de se lancer en espagnol et en anglais. L’avantage est qu’ils sont maintenant beaucoup plus solides. Pas évident d’affronter les anglais quand on a 12.50$ comme budget d’entreprise! :D

    Bref, chaque chose en son temps. Il vaut mieux être patient puis d’avoir en tête où l’on veut aller à long terme. Tirer partout ou viser trop gros inutilement, c’est très risqué.

    Anecdote : Mes sites que j’ai vendu en 2000 étaient destinés au marché anglais. Mais comme je suis francophone, j’ai fait évidement une version française. Je me suis battu pour faire connaître les sites en anglais alors que je ne faisais rien pour le français. Résultats? 3% de membres anglos et le reste en français. J’ai appris!

  2. Samuel Bouchard dit :

    C’est sûr qu’il faut pas s’étouffer avec le morceau et que le web anglo, c’est une vraie jungle très compétitive. Et les petits budgets, c’est un autre couteau à double tranchant. Ça nous oblige à être plus créatifs et éviter les solutions faciles! Je savais pas que iMinR était adapté aux sites en AJAX… Intéressant ton anectode, la francophonie n’est vraiment pas à négliger.

  3. Chrystian Guy dit :

    Samuel,
    À la suite de ton invitation, je viens de publier mon commentaire sur mon blog.

  4. cfd dit :

    Amen.

  5. blog.cguy.org » Le fait français dit :

    […] » La place du Québec dans le paysage web canadien Commentez, ou laissez un trackback à partir de votre propresite. […]

  6. heri dit :

    pour l instant, nuouz est un clone de digg et monavis un clone de yelp.com… j’espere que les quebecois oseront plus dans la créativité.

  7. Fred dit :

    Thanks for the link to standoutjobs. :) It was a pleasure meeting you at Mesh!

  8. LaBlogAtoire » Archive du blog » Trop de sites de réseaux sociaux? dit :

    […] Cet article est une autre réflexion suit à ma participation à Mesh. Comme je le mentionnais dans un article récent, je me sentais dans une vraie ruée vers l’or: les communautés en ligne. C’était vraiment le buzzword, avec un autre tout à fait relié: Facebook. […]

  9. Martin Bittner dit :

    Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de foncer. Une bonne idée est une bonne idée! Je crois aussi qu’il est important de prévoir dès le départ une version anglaise du produit qu’on développe. Lorsqu’on le prévoit au départ et qu’on choisi une technologie (framework) qui support le multi langue, il est très facile de rendre un site bilingue.

    Malheureusement, dans l’univers TRÈS compétitif du web, une bonne idée n’est vraisemblablement pas assez! Il faut la commercialisé et c’est la qu’il est plus difficile d’avoir du succès au niveau anglophone! Les ventes et le marketing sont les clés du succès d’une entreprise, qu’elle soit web ou non.

    À moins d’être le premier à faire un “clone français” d’un site qui a déjà beaucoup de succès (YouTube, Digg et autres), je crois qu’il est difficile d’en profiter avec un marché aussi petit que le marché francophone (et surtout québécois!). En étant le premier, on peut certainement profiter du fait que les gros de ce monde ne se donne pas la peine de traduirent leurs services en français.

    Je n’ai pas encore eu l’occasion de lancer un produit web, puis que mon entreprise offre des services de conception de sites web et de programmation web.

    Par contre, je suis présentement à la création d’une application web que j’aimerais commercialisé d’ici quelques mois (6-10 mois). Je peux vous confirmer que l’application que je développe sera en français et en anglais afin de ne pas me limiter à la francophonie.

    Anecdote : Aussi incroyable que cela puisse paraître, je suis tombe presque par hasard sur ce blog et je me suis rendu compte que j’ai été à l’école avec Samuel et qu’on a vécu plein de bonnes années ensemble! Ah que le monde est petit!

  10. Samuel Bouchard dit :

    Merci des commentaires Martin, tu nous parleras de tes projets secrets au prochain Q-Biz!

  11. Martin Bittner dit :

    Ça sera trop vite :)

    Peut-être dans 5 ou 6 Q-Biz … je dis bien peut-être!

  12. Technology news in June | Montreal Tech Watch dit :

    […] Samuel Bouchard, blogger from Québec City, writes about entrepreneurship in Québec (June 3rd) […]

Ajoutez votre commentaire